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Kinky Melody

Dimanche, août 2nd, 2009

Agent-ProvocateurEntrer dans une boutique Agent Provocateur est un grand spectacle; non seulement pour la lingerie, mais surtout pour l’allure des vendeuses. Souriantes, elles vous accueillent dans leur rose de travail. Imaginez une blouse d’infirmière en plus hyper sexy, du genre à redonner vie aux moribonds. Un ample décolté en V, une ouverture béante, par laquelle un regard impertinent peut facilement percevoir la dentelle du soutien-gorge. Les trop rares boutons parsemés qui la ferment ne peuvent pas empêcher la jarretière de surgir à chaque occasion. Il est vrai que le monde manque de bonheur et montrer ses sous-vêtements en génère. Bientôt, on pourra éditer un guide spécialement dédié à ces vendeuses au charme particulier car il ne faut pas croire qu’elles soient partout pareilles. A Paris, elles sont très policées, on les croirait presque timides si l’une d’entre elles ne m’avait avoué qu’elles font retoucher leur tenues afin de les racourcir. A Londres c’est tout autre chose. Pourvues de tatouages sur les bras et parfois même sur les jambes, elles prennent l’initiative, vous happent dès votre arrivée en quête de vos moindres désirs. C’est le sens et le charme du business anglais. Détail piquant, certains jours, elles portent les fameux bas rouges de la maison, alors là, c’est vraiment une journée particulière. Mélodie irrésistible à laquelle le visiteur est obligé de résister car les hommes comme les femmes sont fascinés par ces robes, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons. Malheureusement pas à la vente, une copine à moi est en train d’en faire une maladie. Ce qui se comprend car même les flamants roses en tombent amoureux. Vouloir plaire et plaire, c’est la dialectique qui occupe les rapports entre les deux sexes, probablement depuis toujours. Libérés, nous pouvons enfin goûter au fruit interdit ne serait-ce que du regard, sans culpabilité ni complexe. Il faut en profiter et tant pis pour les autres.

Dessin David Cessac

Dior, Haute couture AH 09/10

Lundi, juillet 13th, 2009

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La nature des sous-vêtements est, à juste titre, d’être en dessous et donc de rester voilée au regard. Objet de fantasme, longtemps les femmes en ont été dépourvues. Ce n’est qu’à partir du Moyen Age qu’ils commencent, de manière plus récurrente, à faire partie de la garde-robe féminine. Toujours sagement cachés jusqu’au printemps 1807 où, si l’on suit Geneviève Lafosse Dauvergne, il fit son apparition publique sous forme de caleçon dépassant le jupon. Mais sa véritable carrière publique commence dans les années mille neuf cent quatre-vingts qui font suite à une décennie qui avait largement  méprisé les sous-vêtements prétextant une certaine idée de la libération de la femme. Lassé par des discours de pureté, finalement assez insipides, les femmes se mirent à nouveau à avoir envie de séduire (autrement). Une des premières créatrices à redécouvrir cette liberté est sans aucun doute Vivienne Westwood. C’est elle qui va impulser le passage de la lingerie du boudoir et des sex shops à la rue. Désormais, plus de tabou, les femmes peuvent afficher ouvertement leurs pouvoirs sans être censurées par le sexe opposé. C’est dans cette histoire (en cours) que s’inscrit le défilé Dior.

L’intervention de la couturière anglaise ainsi que de beaucoup d’autres se voulait avant tout revendicative. Affichage d’une sensualité expressive et en même temps exacerbée que l’on met en avant comme une marque constitutive de la personnalité. Les sous-vêtements deviennent l’expression d’une beauté crue, voire parfois violente qui peut devenir pour certains même choquante. Au contraire, John Galliano se place dans une toute autre logique. Sa sensualité est à l’opposé du trash, douce, on la dirait presque à l’ancienne si ce n’était pas par son audace de tout montrer. Touché par la grâce, on est contraint au silence. Ses modèles font directement référence au travail des années 40 et 50 du fondateur de la griffe. Mais comme les affiches lacérées d’un Jacques Villeglé ou d’un Mimmo Rotella, ils donnent à voir ce qu’il y a en dessous et que Christian Dior nous permettait uniquement d’imaginer. Soutiens-gorge cônes, guêpières, porte-jarretelles, bas, jupons dentelle ou transparent, délicieusement désuets, tout est là pour le plaisir de notre regard. C’est le spectacle d’une société qui a définitivement glissé des lettres à l’image. Ce sont elles qui parlent à l’esprit et non plus l’esprit qui produit les images. Comme des Phénix qui renaissent de leurs cendres, les déesses, c’est  ainsi que Christian Dior nommait ses mannequins, reviennent en pin-up. Le rêve du maître, c’est Galliano qui l’a incarné.

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