LaRare ou Le Temps du désir
septembre 13, 2009 à 23 h 45 min , par Maurizio Rofrano
Vivian, Hiver 07/08
Gwendoline, Hiver 07/08
Cordelia, Eté 08
Volga, Eté 09
Par goût mais aussi par formation, Nathalie Elharrar incarne la synthèse entre inspiration artistique et savoir-faire technique. En cinq collections sous son propre nom et d’innombrables collaborations avec de prestigieuses personnalités du monde de la mode, sa réputation n’est plus à faire. Alors que depuis vingt ans déjà le sexe est ouvertement présent dans l’univers de la mode, la créatrice en a fait sa source d’inspiration. Ni faux semblants, ni allusions dissimulées, les modèles, leurs noms comme les collections, font directement référence à l’univers et à la culture sadomasochiste avec une réelle volonté de « rupture avec la morosité du politiquement correct de l’apparence ». Le logo de la griffe est à lui seul tout un programme. Deux poney girls échassées sur talons aiguille surdimensionnés et munies de queue correspondante, forment une être imaginaire, une sorte de centaure au féminin. Chaque soulier, comme un signe d’appartenance, est muni d’un petit anneau qui a été immédiatement associé à un piercing. Dans les faits, c’est un anneau dit de tord-nez, employé dans le milieu équestre. Pour les curieux, l’instrument sert à attraper dans une boucle formée par une corde la lèvre supérieure du cheval. Le fait d’augmenter et de relâcher la pression sans cesse moyennant une plus ou moins grande torsion, endort le cheval doucement, ce qui permet de lui administrer des soins autrement pénibles. Cet objet au fond très techniques développe une forte propulsion imaginaire dont l’effet sensuel immédiat est le tintement du métal contre le soulier lorsque celui-ci est en mouvement. Les voies de la vérité sont parfois sinueuses…
L’expérience prouve que rien n’est immédiat et tout ce qui paraît abouti dans sa simplicité est en réalité le fruit d’une longue gestation. Le talon virgule, imaginé par Roger Vivier et que l’on retrouve chez Nathalie Elharrar dans plusieurs de ses créations au fil du temps, a trouvé sa remarquable forme actuelle après une longue élaboration sur un arc de temps qui se déploie sur une quinzaine d’années. Le plateau des Poneyline Shoes qui apparaît pour la première fois avec le modèle Cordelia est le fruit d’un savant travail d’abstraction à partir du sabot des mammifères ongulés. Comme eux, secret de bottier, celles qui les chaussent déambulent sans talon. Mais la liberté est contagieuse et contre toute contrainte LaRare invente son propre temps, un temps du désir. Les modèles vont et reviennent, subissent des transformations, mais ne disparaissent jamais vraiment. En dehors du temps de la mode qui veut que l’on recommence à chaque saison, il y a la tentation du long terme et du travail en profondeur comme si le désir, lui, ne se démodait jamais. Jamais soldé, toujours d’actualité, la femme Elharrar assume sa diversité. Elle fait ce qu’elle veut, en vivant librement ses envies tantôt dans le regard de l’autre tantôt de manière imperceptible. Avec pour étendard le hors-norme, car le convenable exaspère.
Irina, Hiver 09/10
Irina, Hiver 09/10

Catégorie Souliers / Tags: /
Social Networks : Technorati, Stumble it!, Digg, delicious, Google, Twitter, Yahoo, reddit, Blogmarks, Ma.gnolia.
You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed.

Loading ...
par Cendrillon
le septembre 14, 2009 à 11 h 08 min
Très créative, je suis fan de ces nouveaux talons
par Vanessa
le septembre 15, 2009 à 11 h 34 min
J’ai l’impression d’être entrée dans une galerie d’art, les chaussures sont magnifiques.
par Antoine
le septembre 16, 2009 à 20 h 18 min
Mmmh en fait j’aime toujours l’idée du « Baptême créatif », élégante manière de reconnaitre la sublimante singularité de tous ces « fétichisants écrins » . . . a fortiori quand il est ainsi Ouvertement question de Sex appeal (vertigineusement) sublimé !!!
par L
le septembre 17, 2009 à 20 h 49 min
« Suite à notre rencontre je me permets de venir mettre un mot sur votre blog, qui est remarquable.
Sophistication, trouvailles savoureuses, illustrations et textes non moins délectables.
Bravo et merci.
Pour en venir à ce billet, ces souliers sont magnifiques en effet.
Quel fétichiste du pied ne serait pas ébloui par la cambrure induite par ces talons délicieusement démesurés et ces formes vertigineuses.
Ils semblent sortis tout droit d’un des dessins de John Willie.
Une petite question sur cet anneau, qui m’intrigue beaucoup.
Ne pensez-vous pas qu’elle pourrait également faire référence à une boucle, boucle attaché au collier des soumises et auquel on prend plaisir à y attacher une laisse, voire fixer des chaînes dans une figure complexe d’immobilisation.
Le bruit qu’elle doit faire, sous les pas décidés d’une diva, serait de nature à faire se retourner un jeune prince austro-hongrois, pour le moins !
Quant aux références BDSM que ne renie pas la créatrice de cette collection, cela me fait dire « plutôt que d’entendre répéter que le SM devient à la mode, je constate avec plaisir que la mode vient au SM », situation que je préfère, vous vous en doutez.
Au plaisir.
L »
par Maurizio_admin
le septembre 18, 2009 à 15 h 17 min
Cher L,
Comme disait Federico Fellini, « Nulla si sa, tutto s’imagina ».
par capucine
le septembre 25, 2009 à 18 h 16 min
Très jolis souliers…Je ne connaissais pas!
par Amelie / Ces petits riens parisiens
le septembre 27, 2009 à 19 h 09 min
Dis, ce serait pas un peu too much ? ;-)
par Little Style Box
le octobre 2, 2009 à 23 h 10 min
Très belle article, tant pour le texte que pour la sélection de chaussures !
par coco
le décembre 2, 2009 à 1 h 18 min
L’esprit Larare est joliment formulé, bravo.