Alexander McQueen, collection croisière 2010
septembre 3, 2009 à 21 h 26 min par Maurizio Rofrano





Avec les éléments comme les moyens qui sont à leur disposition, les grands créateurs se reconnaissant toujours par le fait qu’ils pensent leur couture. En quelques dizaines de modèles, comme un livre vivant qui se feuillette, la collection en tant qu’ensemble incarne ce processus et, lors du défilé, la passerelle est son lieu d’exposition. Pour cette collection croisière, Alexander McQueen a choisi de reprendre quelques ingrédients qui le travaillent depuis quelques temps déjà: l’imprimé géométrique, du pigment déversé qui forme des traînées de couleur voire des simples taches, le dessin en arabesque et le modelé. Ces éléments constamment présents dans cette collection prennent la place de dominantes ou de subordonnées selon le modèle. Concernant les couleurs qui restent le plus souvent basiques, elles ne font parfois que donner le ton général. Au fil du voyage, le corps, loin d’être un élément passif, devient support, lieu d’accueil sur lequel s’inscrivent les lignes et les formes; il est prêt à apparaître ou disparaître selon le cas.
La collection s’ouvre sur une série de modèles extrêmement graphiques qui, comme une gigantesque fresque murale, recouvrent les corps avec de larges bandes de couleurs. Dessin imposé au corps qui le travaille jusqu’aux limites de sa disparition physique. Dès lors, c’est une autre évanescence qui fait son apparition, celle causée par la couture même. Plus sculpturale, elle enveloppe le corps en lui superposant une identité faite de tissu. Forme nouvelle comme artificielle, elle est posée sur la chair. L’ordre se transforme en désordre. Sur cette carcasse de tissu devenue toile à peindre sont projetés des éclaboussures de peinture. Acte créateur expressionniste par excellence, geste furtif d’une main agile qui confie pour un instant la forme au hasard. Des traces de couleur marquent les modèles en semant le doute. Mais comme une barrière, le tissu s’érige en rempart. Le chaos n’est que superficiel. Des surfaces entières se noient dans la peinture pour devenir couleur pure. Au fur et mesure que le récit avance, les idées s’entrelacent comme des palpitations effectuant des allers et retours. Avant que le défilé ne se termine sur des robes plus classiques, le dessin s’immisce en couvrant tissu comme peau semblable à une toile d’araignée. Bête fantastique, tatouage d’un jour, vous voilà débarqué dans l’atelier du peintre.

Chapeaux
août 25, 2009 à 19 h 42 min par Maurizio Rofrano
Noel Stewart, AH 09/10
Ann Demeulemeester, AH 09/10
Stephen Jones pour Dior, AH 09/10
On reconnaît quatre fonctions principales aux chapeaux: se protéger des intempéries, l’hygiène, compléter une toilette par une touche décorative ainsi que l’affirmation de son statut social. Avec la démocratisation de nos sociétés occidentales, à l’exception de quelques fonctions publiques (police, armée, …) et métiers en particulier, cette dernière fonction est devenue pratiquement obsolète sauf à présumer qu’une chose telle qu’une aristocratie du goût existerait. Le chapeau a longtemps été présent dans nos moeurs vestimentaires pour pratiquement disparaître au cours de la seconde moitié du XXe siècle. Cette évolution est en partie due à un développement sans précédent de l’hygiène publique mais aussi des soins capillaires. Les cheveux en devenant parure ont en quelque sorte détrôné les chapeaux. Mouvement comparable à celui du XVIIIe siècle où c’étaient les perruques qui étaient alors à la mode. L’exception dans le domaine reste peut-être l’Angleterre où il est encore de bon ton de se parer avec des chapeaux. L’exposition que le Victoira & Albert Museum avait dédiée au modiste Stephen Jones fut en ce sens un plaisir pour tous les amateurs car pour l’occasion les visiteurs féminins chapotés rivalisaient en invention et excentricité avec les modèles exposés dans les vitrines. De manière plus générale, il demeure un événement, les courses hippiques, avec peut-être les mariages et autres cérémonies officielles où les chapeaux restent encore de mise. La tradition veut que lors de certaines occasions majeures comme le prix de Diane ou de l’Arc du Triomphe, on permette l’accès gratuit aux femmes couvertes.
Prix de Diane 09, photo Juliette Bates
Encore désuet il n’y a pas si longtemps, les chapeaux semblent revenir en grâce. Pour la saison automne/hiver qui s’ouvre, un grand nombre de créateurs en font la suggestion. Les propositions sont diverses aussi bien pour les formes que pour les matières. On retrouve beaucoup de plumes mais certains créateurs n’hésitent pas à recourir à l’humour en recouvrant la tête de leurs mannequins d’oreilles de lapin, gants, semelles ou autre. La Maison Michel propose même une création avec un lapin vivant. Une grande liberté créative règne dans le domaine. Du bonnet de laine à la petite touche minimale tout semble être possible. Si certains reprennent des modèles classiques, d’autres font preuve d’une plus grande inventivité. D’une puissance décorative forte, presque illimitée, les chapeaux possèdent presque une dimension littéraire. C’est une manière de se raconter mais aussi de dire une robe autrement. Il était temps de remettre cet accessoire au goût du jour.
Stephen Jones, AH 09/10

Les pasties de Lady Tornade
août 17, 2009 à 21 h 46 min par Maurizio Rofrano



Il semblerait que les pasties soient apparus dans les années 30 aux Etats-Unis dans le cadre de spectacles de type burlesque ou de striptease, à une période, comme l’explique Marcela Iacub dans son livre, où l’Etat réglementait de manière toujours plus stricte les bonnes mœurs. Vêtement à minima dont la finalité est de couvrir le téton jusqu’à l’auréole afin de dévoiler le plus possible sans toutefois aller jusqu’à la nudité. L’ancien interdit oublié, le petit disque adhésif s’apparente désormais à un choix qui est devenu la forme d’un style existentiel. Loin de la simple décoration, c’est la marque identitaire d’une culture. Revival ou perpétuation d’une esthétique, celle de la pin-up. De l’ordre de la minijupe ou du string, les pasties sont l’expression et en même temps l’expérience d’une limite vestimentaire. Un flirt avec une ligne invisible perçue par tous mais en constant mouvement et donc, de fait, reflet d’une société toute entière. Paradoxe des temps modernes qui chuchote; jusqu’où dévêtir un corps tout en le gardant habillé. Symboles de disparition, ils émoustillent l’imagination. En ce sens, on peut se demander si le remède n’était pas pire que le mal.
Graphiste et modèle pin-up, Lady Tornade a en autodidacte mis au point une technique personnelle pour fabriquer ses propres pasties et ainsi répondre à une offre ambiante qu’elle jugeait insatisfaisante tout en affirmant « que l’on peut tout imaginer ». Le but c’est de créer sa propre histoire. Entièrement recouverts de paillettes, ils sont exclusivement fabriqués à la main ce qui fait de chaque modèle une invention unique. Ses créations sont en vente sur son site, où elle propose un large choix qui va du simple rond avec pompon désormais classique aux propositions plus originales, voire personnalisées, sur commande. Son travail se décline en deux styles principaux. Il y a la pin-up rockabilly, lolita jolie fille, influencée par une esthétique américaine des année 50/60, mais également la show girl burlesque et moins innocente. Irrésistible découverte, leur acquisition se fait par ici:


Vous avez dit mi-bas?
août 13, 2009 à 23 h 57 min par Maurizio Rofrano
Vivienne, copyright Wolford
Leticia, copyright Wolford
Il est vrai que les mi-bas ont mauvaise réputation. Mal aimés par les hommes, et pas seulement, celles qui en portent ne l’avouent qu’à demi-mot, même si leur côté pratique est apprécié. Ressentis comme disgracieux, ils sont souvent entrevus par maladresse sous une jupe qui s’est avérée finalement trop courte. Contrairement aux bas, on leur reproche d’être peu sexy en coupant la jambe juste au-dessous du genoux. On les accuse de manquer d’élégance et de distinction et d’être même plutôt vulgaires. De fait, ils subissent l’ambiguïté de la matière. Les mi-bas souffrent de réminiscences vilaines tout en renvoyant à la grand-mère mais aussi à la jeune fille. De qualité parfois moyenne, ils sont en réalité pensés pour être cachés sous un pantalon. C’est pour cette raison qu’ils ont été très peu touchés par la floraison imaginative et décorative qu’ont connu en même temps les autres, bas et collants. Mais désormais, tel n’est plus le cas, et il n’est pas rare de les apercevoir de plus en plus fréquemment sur les podiums. Plusieurs fabricants proposent des modèles qui vont, non sans excentricité, à l’encontre des anciens préjugés; tel est le cas de Wolford. Vivienne est pourvue d’une petite ceinture en satin fermée par une boucle dorée. Non sans malice, elle fait songer aux porte-jarretelles de la gente masculine qui maintenaient encore au début du XXe siècle leurs chaussettes. Leticia orne le bas de jambe d’un ruban de soie après s’être perdue dans un jeu en trompe-l’oeil. La particularité de ces modèles est de soigner la transition, c’est-à-dire la jarretière. Comme pour tant de choses, la question est moins le fait en soi mais avant tout son référant. Ainsi dépoussiérés, de nouveaux possibles s’ouvrent pour les mi-bas. Ils sont si charmants qu’il en devient dommage de les cacher. On peut les porter simplement sous une jupe, mais attention pas trop longue, ou alors pourquoi pas par-dessus un collant pour redonner une nouvelle vie à un modèle qui a déjà lassé ou pour créer des combinaisons inattendues de couleurs comme de transparences. C’est ainsi que la vielle chaussette a subi une opération de resensualisation.

Kinky Melody
août 2, 2009 à 18 h 41 min par Maurizio Rofrano
Entrer dans une boutique Agent Provocateur est un grand spectacle; non seulement pour la lingerie, mais surtout pour l’allure des vendeuses. Souriantes, elles vous accueillent dans leur rose de travail. Imaginez une blouse d’infirmière en plus hyper sexy, du genre à redonner vie aux moribonds. Un ample décolté en V, une ouverture béante, par laquelle un regard impertinent peut facilement percevoir la dentelle du soutien-gorge. Les trop rares boutons parsemés qui la ferment ne peuvent pas empêcher la jarretière de surgir à chaque occasion. Il est vrai que le monde manque de bonheur et montrer ses sous-vêtements en génère. Bientôt, on pourra éditer un guide spécialement dédié à ces vendeuses au charme particulier car il ne faut pas croire qu’elles soient partout pareilles. A Paris, elles sont très policées, on les croirait presque timides si l’une d’entre elles ne m’avait avoué qu’elles font retoucher leur tenues afin de les racourcir. A Londres c’est tout autre chose. Pourvues de tatouages sur les bras et parfois même sur les jambes, elles prennent l’initiative, vous happent dès votre arrivée en quête de vos moindres désirs. C’est le sens et le charme du business anglais. Détail piquant, certains jours, elles portent les fameux bas rouges de la maison, alors là, c’est vraiment une journée particulière. Mélodie irrésistible à laquelle le visiteur est obligé de résister car les hommes comme les femmes sont fascinés par ces robes, même si ce n’est pas pour les mêmes raisons. Malheureusement pas à la vente, une copine à moi est en train d’en faire une maladie. Ce qui se comprend car même les flamants roses en tombent amoureux. Vouloir plaire et plaire, c’est la dialectique qui occupe les rapports entre les deux sexes, probablement depuis toujours. Libérés, nous pouvons enfin goûter au fruit interdit ne serait-ce que du regard, sans culpabilité ni complexe. Il faut en profiter et tant pis pour les autres.
Dessin David Cessac

Studio TMLS, London – redux
juillet 27, 2009 à 10 h 48 min par Maurizio Rofrano

Studio TMLS, PE 2009
Cet escarpin à bout ouvert et à bride multiple porte le même prénom que leur créatrice, Veronica. D’apparence ingénue, presque enfantine, en substance la bride est perverse. Elle caresse la cheville, l’enserre et lorsque celle-ci fléchit, elle se tend. Ainsi démultipliées, les fines lamelles de cuir sont très familières à tous les amateurs et pratiquants de sport équestre. Leur aspect fait songer à certains harnachements que l’on utilise parfois en dressage, mais aussi lors du saut d’obstacle, pour assurer au cavalier une meilleure tenue ainsi qu’une conduite plus précise de sa monture. L’escarpin est formée de trois bassins superposés, à l’image des anciens jeux d’eau; le regard, semblable aux cascades, suit le cours. De la cheville, il glisse sur le cou de pied pour terminer sur les orteils. Désormais, il ne lui reste qu’à recommencer.

Studio TMLS, London
juillet 25, 2009 à 18 h 32 min par Maurizio Rofrano



Vous ne connaissez pas le Studio TMLS? Normal. Situé à Londres, il fabrique des chaussures pour divers créateurs depuis 20 ans, il est donc plutôt connu par le milieu professionnel. Mais depuis peu, la marque a décidé de lancer sa propre collection. La direction artistique a été confiée à Veronica Pistolesi, originaire d’un petit village de Toscane, région qui, depuis des siècles, a pour tradition le travail du cuir. Façonnant le cuir avec son père depuis son enfance, c’est en 1999 qu’elle quitte l’entreprise familiale pour s’installer à Londres où elle obtient le diplôme de l’University of the Arts of London. A l’issue de ses études, elle est embauchée directement chez Studio TMLS où elle poursuit désormais sa carrière.
Pour la prochaine saison, Studio TMLS propose des couleurs feuilles d’automne. Des cuirs très doux et sensuels, brossés, suédés mais aussi des fourrures et des velours. Les souliers compensés seront encore en vogue. Déclinés en sandales, escarpins et low boots, ils continueront de marquer la démarche pour le plaisir des amateurs. Il semblerait (j’ai fait ma petite enquête) qu’ils soient plus appréciés par les femmes que par les hommes. D’origine vénale, ce sont pourtant les prostituées vénitiennes qui en ont assuré la première diffusion. Serait-ce un cas de réminiscence culturelle? De toute évidence, confrontés à la manifestation de la sexualité féminine, les hommes ont toujours exprimé un certain malaise, révélation d’une profonde peur. Pour eux, mais pas seulement, Veronica Pistolesi a dessiné également des talons plats qui se déclinent en ballerines mais aussi en impressionnantes cuissardes Renaissance en fourrure qui, comme un gant pour jambes, épousent parfaitement la morphologie.
Certains modèles présentent un talon à angle droit qui est des plus ingénieux. En plus de son caractère esthétique, il a l’avantage de déplacer le centre de gravité vers le milieu du soulier ce qui a pour effet de concentrer son poids visuel. C’est le cas par exemple des magnifiques low boots, modèles qui, selon les mots mêmes de la créatrice, sont provocants. Entre l’habillé de la bottine et le cou de pied découvert de l’escarpin, on ne sait plus vraiment où l’on est; par effet de dépaysement on est donc forcément nu. Constat encore plus vrai pour celles munies d’une bride autour de la cheville (voir photo ci-dessous). Mais comment ne pas s’attarder aussi sur les escarpins zébrés. Comme le léopard, on le rencontre de plus en plus décliné sous des formes les plus folles et excentriques. De moins en moins naturel, il est de plus en plus gai.
Photos Studio TMLS


Ines
juillet 19, 2009 à 0 h 46 min par Maurizio Rofrano



Il fut un temps où les gants étaient plus que des gants. Symbole de distinction sociale, emblème de royauté, attribut de tout homme d’église, atout indispensable pour toute femme de société, tel n’est plus le cas aujourd’hui. Accessoire destitué, il ne garde désormais que ses fonctions utilitaires, à savoir abriter du froid en hiver et protéger les mains. Loin derrière nous est la période où les gants étaient, avec les chapeaux, l’accessoire par excellence. Mais ils n’ont peut être pas encore dit leur dernier mot, si on juge du nombre grandissant de boutiques qui lui sont consacrées exclusivement.
Ines Van Der Born est l’une d’entre elles. Cette créatrice néerlandaise, ne pouvant trouver ce qu’elle cherchait, décida de dessiner elle-même ses propres modèles, choisissant les cuirs les plus fins, agneau, mouton ou encore de pécari (sorte de cochon nain d’Amérique du Sud) pour permettre aux gants d’épouser au plus près la forme de la main. Coupé dans un seul morceau et d’un cuir lisse, ils jouent le rôle d’une seconde peau préservant toute la sensibilité tactile. Ines est une entreprise familiale et entièrement dédiée à la production de gants de luxe. De nombreux modèles sont proposés pour femme comme pour homme, mais ce qui fait la particularité de la marque n’est pas seulement le grand choix de coloris, c’est surtout leurs déclinaisons en de nombreuses nuances afin de s’adapter aux mieux à la demande de la clientèle. Parmi les modèles emblématiques de la maison, on trouve les gants de doigts dont la particularité, contrairement aux mitaines, est de ne couvrir que les doigts de la main (voir photo plus haut). Mais il y a aussi des gants sans doigts qui laissent les phalanges en toute liberté, ou d’autres qui en arrivent même à couvrir le bras jusqu’à l’épaule (photo ci-dessus), voire un modèle boléro dont les manches atteignent les bouts des doigts. Enfin on trouve aussi les fameux gants de conduite qui étaient en vogue au début de l’ère automobile à l’aube du siècle dernier. Parmi les particularités, on note aussi des gants pour jambes que les plus frileuses pourront choisir de porter sous une jupe ou, plus osé, avec un short.

Les gants protègent, mais ils colorent et décorent aussi les mains. En soulignant le geste, ils l’amplifient tout en l’estompant. Plus sinueux, le mouvement gagne en sensualité. Avec des gants longs, les bras se transforment en tentacules prêts à attirer tout ce qui approche. En les habillant, d’anonymes, les mains deviennent visibles. Les gants sont à la main ce que le vernis à ongles est aux doigts. Un révélateur de personnalité qui s’adapte et se transforme au fil des envies. En été comme en hiver, les gants permettent de mieux dessiner une ligne ou compléter un ensemble. Accessoire désuet, déjà indispensable, et qui finit par se décliner aussi pour notre ami le plus fidèle…
Photos INES GLOVES


Dior, Haute couture AH 09/10
juillet 13, 2009 à 11 h 40 min par Maurizio Rofrano


La nature des sous-vêtements est, à juste titre, d’être en dessous et donc de rester voilée au regard. Objet de fantasme, longtemps les femmes en ont été dépourvues. Ce n’est qu’à partir du Moyen Age qu’ils commencent, de manière plus récurrente, à faire partie de la garde-robe féminine. Toujours sagement cachés jusqu’au printemps 1807 où, si l’on suit Geneviève Lafosse Dauvergne, il fit son apparition publique sous forme de caleçon dépassant le jupon. Mais sa véritable carrière publique commence dans les années mille neuf cent quatre-vingts qui font suite à une décennie qui avait largement méprisé les sous-vêtements prétextant une certaine idée de la libération de la femme. Lassé par des discours de pureté, finalement assez insipides, les femmes se mirent à nouveau à avoir envie de séduire (autrement). Une des premières créatrices à redécouvrir cette liberté est sans aucun doute Vivienne Westwood. C’est elle qui va impulser le passage de la lingerie du boudoir et des sex shops à la rue. Désormais, plus de tabou, les femmes peuvent afficher ouvertement leurs pouvoirs sans être censurées par le sexe opposé. C’est dans cette histoire (en cours) que s’inscrit le défilé Dior.
L’intervention de la couturière anglaise ainsi que de beaucoup d’autres se voulait avant tout revendicative. Affichage d’une sensualité expressive et en même temps exacerbée que l’on met en avant comme une marque constitutive de la personnalité. Les sous-vêtements deviennent l’expression d’une beauté crue, voire parfois violente qui peut devenir pour certains même choquante. Au contraire, John Galliano se place dans une toute autre logique. Sa sensualité est à l’opposé du trash, douce, on la dirait presque à l’ancienne si ce n’était pas par son audace de tout montrer. Touché par la grâce, on est contraint au silence. Ses modèles font directement référence au travail des années 40 et 50 du fondateur de la griffe. Mais comme les affiches lacérées d’un Jacques Villeglé ou d’un Mimmo Rotella, ils donnent à voir ce qu’il y a en dessous et que Christian Dior nous permettait uniquement d’imaginer. Soutiens-gorge cônes, guêpières, porte-jarretelles, bas, jupons dentelle ou transparent, délicieusement désuets, tout est là pour le plaisir de notre regard. C’est le spectacle d’une société qui a définitivement glissé des lettres à l’image. Ce sont elles qui parlent à l’esprit et non plus l’esprit qui produit les images. Comme des Phénix qui renaissent de leurs cendres, les déesses, c’est ainsi que Christian Dior nommait ses mannequins, reviennent en pin-up. Le rêve du maître, c’est Galliano qui l’a incarné.


Peaux de Camion
juillet 4, 2009 à 16 h 21 min par Maurizio Rofrano


Entre récupération nouveau réaliste et sculpture molle, Magalie Grondin crée des œuvres qui sont aussi des sacs en confluence. Sa matière première, ce sont les chambres à air de camion. Des androïdes qui sèment le doute entre organique et minéral. Carcasses de bêtes immondes qui nous parviennent d’une modernité industrielle déjà presqu’oubliée. Entrailles de machines, découpées au scalpel et recousues. Comme des fauves, elle les dompte : de disgracieuses elles deviennent élégantes, de brutales elles deviennent charmantes. Ces peaux tannées ont l’air encore vivantes, si bien qu’on pourrait craindre même qu’à tout moment leurs cœurs se remettent à battre. C’est en cela justement que réside leur force, leur nature jamais tout-à-fait dominée; elles restent trash.
Originaire de l’Ile de la Réunion, Magalie Grondin pense ses sacs avant tout comme des œuvres d’art et aime les présenter dans des galeries d’art contemporain. Fait qui peut sembler étonnant en France, mais beaucoup moins en Angleterre par exemple, puisqu’il y a de plus en plus de créateurs de mode qui souhaitent sortir des circuits économiques habituels et présenter leur travail dans un cadre qui soit plus attentif au processus créatif. La créatrice pense la forme mobile sans craindre ni son doute ni son ambiguïté. Le multiple comme le flou sont à la base du mou. Comme un peintre, extrêmement attentive à la teinte, elle veille aux choix des caoutchoucs. Les créations « Peaux de Camion » sont toutes des pièces uniques qui se déclinent en deux séries distinctes. Une première épurée, laissant le champ libre à la pleine expression de la matière et du travail sur la forme. Une seconde plus chargée qui laisse la place à une décoration plus fantaisiste. En plus des sacs, elle s’est également essayée aux bijoux et aux vêtements. A la Réunion, pas de doute, les filles sont branchées.

Exposé jusqu’au 9 juillet
16, rue Léopold Bellan, 75002


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