D’une nudité à l’autre
septembre 27, 2009 à 15 h 21 min , par Maurizio Rofrano
Magali Cazot, Baladine
Magali Cazot, Nora
Notre obsession pour le corps qui relève avant tout du développement des soins ainsi que de l’amélioration du mode de vie a eu pour effet de voir se démultiplier les liens entre mode et érotisme. Objet esthétique en soi, il est désormais possible de le montrer. L’exposition du corps n’est plus limitée au privé, elle est devenue chose publique. Amorcé par certains, le récent glissement de la mode vers le style n’a fait qu’exacerber cet état de fait en transformant le vêtement en partie intégrante de l’expression de soi. Elément principal du rapport à l’autre, cathaliseur d’attraits, désormais on ne porte plus ses vêtements, on est ses vêtements. Dans cette mise-en-scène du moi que devient le support, c’est à dire le corps nu?
Magali Cazot, jeune artiste, a peint une série de nus féminins très envoûtants par leur radicalité. Crus et violents par leur point de vue même, les deux jeunes filles posent frontalement face au spectateur en assumant pleinement leur nudité. Une mise en scène réduit à minima, sans allégorie, le but du peintre étant de soumettre le corps au regard en une envie première d’être vu. Prendre une pose est d’une certaine manière déjà s’habiller un peu. Cette épuration maximale fait surgir une forte contradiction irréductible entre force vitale et quelque chose de plus sombre. Les deux pôles opposés entre lesquels oscille la vie. Cette tension s’exprime jusque dans le choix des couleurs, des rouges déviés, teintes qui de plus sont marquées par une braise sexuellement charnelle. Mais, il y a différentes manière de révéler son corps. La sensualité est toujours le fruit d’une mise en valeur savamment réfléchie car même nu, un corps n’en est pas pour autant érotique. Sans nul doute, une des fonctions du vêtement est de cacher la nudité. Acte volontaire, il y en a aussi qui tout en couvrant ne cherchent pas à faire oublier le corps. Plus que de cacher et au delà du corps, ils créent de la chair, matière première du désir. Continent aux possibilités infinies, Jean Paul Gaultier a choisi de nommer X sa collection AH 09/10, symbole de l’interdit, part maudite du désir enfin incarné. Le créateur cache et dévoile à sa guise, compose avec des matières ambiguës, les tissus opaques s’amusent à suggérer et les références érotiques fusent. Mark Fast, quant à lui, s’inspire des trous. Depuis quelques saisons, le jeune créateur d’origine canadienne invente des robes tricotées. Entrelacement de fils tenus par un nombre infini de nœuds qui embrassent le corps. Définitivement, l’espace entre corps et vêtement s’est réduit.
Jean Paul Gaultier, AH 09/10
Mark Fast, PE 10
Magali Cazot sur son site et son blog.

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par Magali Cazot
le septembre 27, 2009 à 21 h 22 min
Très bel article. J’y retrouve bien notre échange et je trouve que tu t’en es très bien sorti pour passer de la nudité au vêtement.
C’est élégant, sans langue de bois. Bravo!
Merci.
Bises.
par Vaan Punk
le octobre 1, 2009 à 16 h 01 min
Je comprends mieux la genèse de ta plaquette. Ecriture claire, fluide, intéressante, commerciale en phase avec l’univers des créateurs. » Je partage avec une grande proximité le couple élégance et provocation punk.
Au plaisir de te lire.
++
par cendrillon
le octobre 3, 2009 à 23 h 26 min
J’ai beaucoup apprécié cette lecture. Très joli article qui parle admirablement de la nudité et ce besoin de la cacher.
Au plaisir de te lire à nouveau.
par Marine Coustaury
le octobre 4, 2009 à 21 h 10 min
J’ai lu votre page Maurizio, plume je sais et ne peut guère professionnellement faire quelque chose pour vous hélas. C’est votre poésie et votre féminité qui sont attachantes.
par Amylee
le octobre 4, 2009 à 23 h 41 min
Woah, superbement dit… Jolie cette association avec JPG. Chapeau bas Monsieur…
par Libertin
le octobre 5, 2009 à 16 h 29 min
« L’exposition du corps n’est plus limitée au privé, elle est devenue chose publique. »
Phrase intéressante.
Elle donne envie de s’y arrêter.
Au-delà du nudisme pur et simple, elle m’évoque, pour rester sur l’analyse du rapport entre le corps et le vêtement, l’ambiguïté existant entre l’exhibitionnisme érotique, où une femme pourra à la demande de son compagnon, brièvement découvrir la pointe d’un sein, et le dévoilement partiel du corps proposé par des tenues de créateurs, comme ici Jean Paul Gaultier qui nous montre l’entièreté des jambes de son modèle ou Mark Fast qui n’en cache pas les seins.
L’exhibitionnisme est puni par la loi, au motif « d’imposer un spectacle sexuel à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public », il provoquera une levée de boucliers unanimes, surtout à notre époque de retour en force du courant conservateur (lire pour cela le dernier essai de Didier Eribon « D’une révolution conservatrice »).
En revanche, une tenue peu habillée portée sur le podium d’un défilé d’un créateur ayant pignon sur rue, sera applaudie par une foule de gens de tout à fait honorables.
L’idée, ici, n’est pas de chercher à renverser cette situation mais de réfléchir à la frontière qui existe mais qui peut être ténue entre ces deux comportements.
Dans les deux cas, la portée sensuelle du rapport entre le corps et le vêtement est indéniable, et la tenue pourra étonner ou choquer selon l’endroit où elle est portée.
Dans l’exhibitionnisme, le vêtement sera parfois détourné de son usage, dans le vêtement de mode, l’érotisation du corps aura été pensée, « anticipée » par le créateur, elle sera de plus détentrice de « l’aura » de ce dernier, et bénéficiera de la permissivité associée à la création artistique.
Libertin
par Flo
le octobre 15, 2009 à 9 h 29 min
Elles sont belles ces peintures…elles ont un petit quelque chose de Elisabeth Peyton::: Allez savoir quoi? Mais c´est très beau!