John Galliano, PE 2010
janvier 14, 2010 à 22 h 56 min , par Maurizio Rofrano


Plus de trois mois après le défilé l’émotion est encore intacte. Quand le lion rugit, impossible d’y échapper. Très constant dans ses désirs, le couturier revient encore une fois sur des thèmes qui le travaillent depuis ses débuts. A nouveau les années 20 et ses stars du cinéma muet. Mais on est loin de Boulevard du Crépuscule comme ont voulu l’écrire certains. Ici pas de nostalgie, pas de passéisme, de la mélancolie non plus et surtout pas de déchéance. Des problématiques certes propre au film de Billy Wilder mais que l’on ne saurait pas retrouver dans le défilé et encore moins chez le créateur lui-même. Galliano est définitivement du côté de la vie et de sa célébration. Il s’agit de dresser une esquisse, non de ce que ces divas d’antan auraient vécu véritablement mais plutôt comme elles nous apparaissent désormais avec toutes leurs ambiguïtés enfin dévoilées. C’est une des manières d’appréhender le passé afin de se l’approprier et d’en extraire la matière de nos rêves, ambitions et visions. Le faux s’érige comme seul moyen pour pouvoir générer du vrai en nous éloignant du banal. A quoi bon refaire ce qui a été très bien réussi par le passé.
Pour arriver à ses fins le couturier déploie tous ces talents de coloriste en tentant les mélanges les plus fantaisistes habituellement voués à l’échec. Le mièvre des couleurs pastel est associé à des teintes plus consistantes afin de créer un effet des plus extravagant. Le mauve et le violet ou le kaki se superposent au bleu azuré. On retrouve également des couleurs plus fortes mais non moins rares comme le jaune doré, le vermillon où le rouge grenat. Pas tout à fait prêtes, le visage couvert d’un maquillage de scène, semblables à des poupées, les mannequins avancent sur le podium parés d’incongru et d’illogique. Un air de hasard flotte sur cette collection. Comme surprise par une urgence malvenue, la femme Galliano se précipite parmi les hommes en se couvrant avec ce qu’elle trouve sous la main. Comme un immense non finito, la tenue de la veille se mélangeant à celle du lendemain. Les mousselines transparentes cachent mal l’impression d’arrière salle de costumier où rien ne s’associe vraiment mais tout se combine. Avec gaîté parfois hilarité même mais surtout beaucoup de légèreté les chiffons nous rappellent que le bonheur existe. Le défilé est composé principalement de robes courtes comme longues mais on retient surtout les vestes qui sont portées par dessus tout. Et en la matière Galliano détient un secret de fabrication à un niveau rarement atteint par d’autres. La veste ou le pardessus sont certes des pièces de garde-robe à part entière mais depuis toujours on leur a aussi prêté une fonction de substitution; couverture ou cache misère pour un dessous que l’on n’ose pas montrer. C’est à cette utilisation qui a comme corolaire de produire un effet burlesque auquel est rendu hommage ici. C’est pour ainsi dire l’instant de communion lorsque le tragique se glisse dans les habits du comique. Moment que Galliano ne cesse de rechercher. Et c’est la même impression que produisent de nos jours les héroïnes du muet dès lors qu’elles sortent du celluloïd pour briller encore une fois. Tout s’oxyde et à l’image de la mode, pour faire perdurer cet instant de vrai, le monde est obligé de se reformuler à chaque saison.




Catégorie Collections femme / Tags: /
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par Flo
le janvier 14, 2010 à 23 h 20 min
Belle collection et très bel article
par Little Sushi
le janvier 15, 2010 à 16 h 58 min
Merci pour cet article !
http://littlesushi.over-blog.com/
par Amylee
le janvier 21, 2010 à 10 h 21 min
Toujours un faible pour les chapeaux de Galliano. C’est beau, c’est beau !!!
par Libertin
le janvier 26, 2010 à 22 h 46 min
Commentaire très juste sur le côté vivant et non passéiste de ces tenues.
De la force, de l’irrévérence, de l’espièglerie, mais aussi d’indispensables touches de sophistication chez ces femmes qui comme tu le dis si bien se précipitent parmi les hommes en se couvrant avec ce qu’elles trouvent sous la main.
Un petit regret cependant ? J’aurais peut-être aimé trouver quelques sourires coquins ou charmeurs chez les modèles. La gaieté immanente des costumes s’en serait trouvée rehaussée, et nos yeux masculins y auraient puisé une source de contentement, voire d’attractivité supplémentaire…