Alexander McQueen, PE 2010
octobre 26, 2009 à 12 h 48 min , par Maurizio Rofrano



Alexander McQueen est un créateur engagé. Particulièrement concerné par le futur de notre planète, il a abordé à plusieurs reprises des problématiques touchant directement aux changements liés à l’environnement. Cette fois-ci, il a eu recours au philosophe grec Platon et au mythe de l’Atlantide. Continent immense, situé jadis au milieu de l’océan Atlantique, il aurait été englouti par les flots en l’espace d’une nuit. Avec une collection composée presque exclusivement de robes, Alexander McQueen, en résonance avec une possible montée des eaux, trace une courbe entre la terre et la mer, entre le ferme et le diffus. L’enjeu, semble-t-il nous suggérer, n’est pas les conditions de vie mais les stratégies de survie que les êtres ont su adopter au fil de leur évolution. Confrontés à des changements climatiques, les hommes n’auraient d’autre choix que de se réconcilier avec les flots. Nécessité rendue possible par des transformations génétiques. Deux caméras montées sur des bras mécaniques mettent l’espace en mouvement en renvoyant les images du défilé et des spectateurs sur écran géant. L’espace du défilé habituellement linéaire devient multiple et se transforme en un kaléidoscope de points de vue et de dimensions. Le réel contient à lui seul tous les possibles.
En guise de prologue, un film que le couturier a produit en collaboration avec Nick Knight est projeté. Image du mal par excellence en occident, il montre des serpents qui glissent sur la peau d’une femme allongée sur le dos. Symbole des temps où l’on prend conscience que la solution nous vient de l’ennemi et que l’autre n’est pas monstre mais tout simplement différence. Les insectes comme les reptiles ont su modifier leur surface corporelle afin de se prémunir contre des prédateurs ou en réponse à un cadre de vie hostile. La reprise de motifs inspirés du camouflage des mites ou mantes religieuses se traduit par des jacquards extrêmement élaborés, dont le coloris s’étend de différentes nuances de beige à des jaunes et verts. Illusion optique, des modèles exécutés en une seule pièce mélangent jusqu’à la confusion volume de la coupe ou effet produit par l’imprimé. Les mannequins avancent les pieds dans des souliers improbables directement inspirés des tatous, ces mammifères recouverts de corne formant une carapace protectrice de forme ovïde lorsque confrontés à un danger. Au fur et à mesure que le défilé avance, la femme devient insecte, reine des abeilles, et prend même des airs élisabéthains. Les couleurs deviennent plus chaudes, les beiges se teignent en brun, bronze et roux du fait des imprimés dont le sujet est désormais le récif corallien et l’épave du Titanic; éléments de ferraille que l’on retrouve également dans les souliers. En même temps, le bleu azuré, jusque-là fond de scène, passe dans les tissus. Avant la métamorphose finale qui permettra aux êtres une parfaite adaptabilité au monde aquatique, dans un dernier sursis préalable à une transformation génétique définitive, ils vont essayer, comme des hommes-grenouille, de se glisser dans des habits adaptés aux circonstances. Mais rien n’y fait, la métamorphose est inévitable comme les protubérances qui font leur apparition et qui marquent les visages avec toujours plus d’insistance. De moins en moins humain et de plus en plus poisson, tel semble être leur sort.
Malgré les difficultés auxquelles l’espèce humaine devra se confronter à l’avenir, Alexander McQueen reste confiant et propose une réconciliation avec les temps qui sont et qui fuient. Ce qui compte pour le créateur, c’est de renouer à chaque étape avec la beauté du moment. Intuition aussi salvatrice qu’exigeante car, retour à la leçon morale de Platon dans l’Atlantide, c’est la rectitude qui permet de voir juste et de trancher avec le laid. Et tout n’est plus que légèreté.




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par Odalisque
le octobre 26, 2009 à 18 h 52 min
Merci à Maurizio qui nous fait voyager, rêver dans cet univers mythologique et futuriste et qu’il décrypte avec finesse pour nous.
par amylee
le novembre 2, 2009 à 16 h 23 min
Comme tu le sais, je suis une très grande fan d’Alexander McQueen, même si sa dernière collection fiche un peu l’angoisse (surtout les shoes)