Archive - ‘ Vintage ’ Catégorie

Hussein Chalayan, 1995

Vendredi, mai 15th, 2009

chalayanfer1Copyright, V&A, London

chalayanfer2Copyright, V&A, London

Nicosie/Lefkosia, capitale séparée en deux, lieu dans lequel deux cultures se confrontent, l’une turque et musulmane, l’autre grecque et orthodoxe. Les deux racines religieuses se rencontrent dans le travail de Hussein Chalayan au point de se toucher et se superposer. Comme une tangente qui tout en continuant sa course touche le cercle sans jamais le couper.
Les influences de cet ensemble sont multiples. La veste, avec des bandes fixées au dos, est visiblement d’inspiration moyenâgeuse. Période pré-moderne, elle rejoint un âge de la mode mythique, qui nous est connu presque exclusivement à travers des images mais encore plus par sa réélaboration imaginaire, fruit d’une nostalgie romantique d’un âge d’or perdu au XIXe siècle. Le tissu a d’ailleurs subi une procédure de vieillissement aussi artificiel que fallacieux puisque le couturier l’a enfoui dans son jardin avec des résidus de fer qui lui ont conféré sa couleur rougeâtre tout en la couvrant d’une fine couche de poussière de rouille pleine de contraste. En ce qui concerne la robe, elle est formée de deux tissus superposés, le premier immédiatement visible en lin et au-dessous duquel se cache le second, en soie cette fois, perceptible uniquement au bas de la tunique. Sensualité et austérité se touchent. Monacale et pudique, la silhouette à la taille artificiellement rehaussée rappelle en même temps les modèles fastueux du Premier Empire. L’histoire comme les valeurs se télescopent. Parfois d’origine profane, parfois sacrée, les divisons philosophiques comme religieuses – nous semble dire Hussein Chalayan – sont avant tout le fruit d’un récit. N’est-il pas vrai qu’au Moyen Age le costume avait une signification précise qui permettait de différencier les un des autres socialement comme culturellement?  Et si quelque chose comme la vérité révélée ne serait que le fruit de l’imaginaire… Ce qui par contre est bien réel, c’est la souffrance induite par les divisions.

Les crinolines au Louvre

Samedi, février 28th, 2009

louvrecrinolines1Photo: Le Costume dans tous ses états

Cinq crinolines sont exposées jusqu’au 2 mars au Louvre dans les appartements dits de Napoléon III (Richelieu, salles 85 et 90) en lien avec l’exposition Sous l’Empire des crinolines qui se tient au Musée Galliera jusqu’au 26 avril.
C’est une excellente idée de confronter des habits à leur décor naturel, contrairement aux habituelles cimaises neutres des expositions. Les deux interagissent et notre perception ainsi que notre compréhension en sortent enrichies. Des espaces que l’on croit bien connaître apparaissent immédiatement sous un autre jour. Des proportions que l’on croit figées pour toujours se mettent en branle grâce aux formes et aux tailles inhabituelles. Les carrures plus étriquées font apparaître les volumes plus amples, les plafonds plus hauts et le mobilier plus grand. Tout apparaît comme à travers une lentille déformante. A l’issu de cette expérience, une seule chose reste mystérieuse. Les tissus ont un air prosaïque confrontés aux velours somptueux, aux bois précieux et aux dorures abondantes. N’est-ce qu’une question de goût?

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Jacques Fath, printemps 1948

Samedi, février 7th, 2009

fath1948Copyright V&A London

Les couturiers n’ont pas attendu la fin du XXe siècle pour s’inspirer dans leurs créations des époques précédentes en y introduisant des formes du temps passé. La différence entre antan et aujourd’hui réside dans la récente réduction du périmètre d’inspiration.
Cette robe de soirée de Jacques Fath en soie est un bon exemple vu ses multiples sources d’inspiration. Les plis dans le dos rappellent fortement « la robe à la française » du début du XVIIIe siècle alors que l’atmosphère générale et la rigidité de la facture rappellent les modèles qui se faisaient dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pour ce qui concerne les broderies sur le corset, c’est plutôt le début du siècle. Le créateur a choisi un luxe sec dans un assemblage éclectique pour une période qui suit immédiatement le second conflit mondial.

Mille neuf cent quatre-vingts

Lundi, février 2nd, 2009

carangi_versace

Même si cette photo prise pour les maillots de bain Versace avec Gia Carangi date de 1979, tout l’esprit des années 80 y figure déjà. Fantastique décennie où le plus faux était toujours le plus vrai et ou l’excès chassait modestie comme retenue. Moment exquis où l’on pouvait porter des collant sous un maillot de bain. Toujours décriée mais jamais oubliée, si l’on juge du fait qu’on n’arrête pas de la revisiter depuis.
Ce maillot plutôt que de servir une fonction semble indiquer une essence:  savoir ce que c’est que fréquenter les stations balnéaires. Son utilité réelle pour la baignade semble par ailleurs fortement compromise. Il signifie plutôt le calme, le luxe et la volupté du farniente au soleil, plongé dans une durée sans fin, sourd au quotidien. C’est aussi la palpitation des aventures érotiques devenues socialement admises. Dernier avatar moderne, la culture a repoussé encore un peu plus les rives de la nature, le bord de mer se transforme en piscine.

« La manie de la villégiature »

Jeudi, janvier 22nd, 2009

schiap_chapeauCopyright The Metropolitan Museum of Art, NY

Dans la pièce de Goldoni (Acte 1, Scène X), Filippo, un vieux bourgeois, se moque des modes qui changent tous les ans, en disant qu’au fil du temps, il aurait vu défiler tous les modèles possibles de chapeaux. Il finit par en conclure que bientôt les femmes finiront par se mettre une chaussure sur la tête. Certainement, il ne croyait pas si bien dire. Ce fut chose faite en hiver 1937/38, c’est-à-dire cent soixante-six ans plus tard. Elsa Schiaparelli, proche des surréalistes, créa la célèbre chaussure-chapeau en feutre avec la collaboration de Salvador Dalì.

Moschino, 1988

Lundi, janvier 19th, 2009

moschino_soutifCopyright V&A London

Le soutien-gorge, sous-vêtement féminin par excellence, a été utilisé de manière détournée par de nombreux couturiers. Du statut de vêtement intime et caché, il devient visible. Franco Moschino nous donne sa vision en habit de soirée. La robe est réduite à son essentiel, un bustier et sa répétition. La couleur en est tout à fait absente. Comme un ready-made duchampien, le soutien-gorge renversé, dépossédé de sa fonction, ne devient que forme, à laquelle est donnée une nouvelle fonction. Désormais, il ne sert plus à couvrir et soutenir le sein, mais son accumulation vient à former une jupe cloche dont le contour est dicté par la forme de son ancienne fonction. Approximation de la réutilisation. Alors qu’ici la taille fait office de miroir, le visible n’arrive pas à contenir tout le sens. Le reflet est partiel, le récit originel est perdu. Dans le bas, les bonnets sont vides et privés de chair. La couture donne naissance à des formes qui véhiculent du sens et qu’il nous est donné de lire. Car, comme disait Paul Valery: « Et tout le reste est littérature ».

Jean Dessès, vers 1953

Vendredi, janvier 9th, 2009

desses1953Copyright V&A London

Cette robe de soirée en mousseline de soie carmin envoûtante a quelque ressemblance avec certaines pièces de Valentino, ce qui n’est pas un hasard, puisque ce dernier a commencé à faire ses armes auprès de Dessès au milieu des années 50. Le rythme est entièrement obtenu par le travail sur différents drapés exécutés avec un grand savoir technique. Comme un long embrassement, les bretelles transformées en écharpes sont simplement posées sur les épaules et descendent le long du dos.

Jean Dessès, 1954-55

Jeudi, janvier 8th, 2009

desses1954Copyright V&A London

Dessès aimait particulièrement dans ses créations travailler avec les plis du tissu. Cette robe de cocktail en soie avec son air de tutu long qui marie plusieurs nuances de marron, en est un très bel exemple. Donnant une impression d’extrême légèreté et de fraîcheur, le jeu des transparences est particulièrement exquis. La robe, formée de multiples couches, articule différentes densités de tissu qui culminent par endroit dans sa presque entière disparition. C’est le cas notamment des bretelles et du bas où quelques dernières extrémités de dentelle d’une grande finesse restent suspendues en surplomb. La partie basse de la robe est formée par de grands carrés fixés autour de la taille qui, emportés par leur poids même, se déploient sans autre contrainte. Ils sont prêts à réagir sans hésitation au moindre tressaillement. L’effet est certainement recherché ; on ne peut pas manquer de songer aux mouchoirs imbibés de parfums que les dames laissent glisser discrètement derrière elles à destination de leurs prétendants.

Bill Gibb

Vendredi, novembre 21st, 2008

gibb_knittedjacket1972

Créateur londonien (d’origine écossaise) remarqué et remarquable des années 70 et du début des années 80. Pour le spectateur d’aujourd’hui son travail déroute et dépayse en même temps. Son inspiration extrêmement diverse reflète les préoccupations et les envies d’ailleurs de toute une génération. Il nous fait  dans voyager dans un monde qui n’est résolument plus le nôtre.

gibb

Loin de l’habituel et des sentiers battus, ses sources sont le Moyen-Age, la peinture préraphaëlite ainsi que le costume d’Afrique du Nord. Au-delà des chemins déjà balisés de la mode, son travail, en rupture avec la culture dominante, s’oppose au modernisme de l’époque incarné par des couturiers tels Courrèges ou Yves Saint Laurent. Aussi, réussit-il pleinement à capturer l’esprit du mouvement hippie en combinant notamment des éléments que l’on n’avait pas l’habitude de rapprocher (tissus, imprimés, matières, etc.). En ce sens, il a été un précurseur d’une attitude éclectique, porteuse d’expérimentation, largement répandue aujourd’hui.  John Galliano, par exemple, ne cache pas son admiration pour lui.

Bill Gibb’s Moment in Time
Fashion and Textile Museum London

jusqu’au 18 janvier 2009

Elsa Schiaparelli

Jeudi, novembre 20th, 2008

schiap_renaissance1schiap_renaissance_2Fin années 60

Robe à manches courtes et col rond, de couleur carmin sombre datant de la dernière période d’Elsa Schiaparelli. En laine de mohair, elle est d’aspect dru et est lourde dans la main, ce qui lui donne un caractère sportif. Autour de la taille, un nœud en trompe-l’œil motif qu’elle a repris tout au long de sa carrière depuis la fin des années 20. Plutôt lisse sur le buste, des plis à partir du nœud mettent le modèle en mouvement.

A voir et en vente chez Renaissance.

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