Archive - ‘ Souliers ’ Catégorie

Un billet hard

Dimanche, novembre 15th, 2009

AH09-10Gianvito Rossi, AH 09-10

Alors que cette saison, les cuissardes sont sur toutes les bouches, moi je pense à Jean Laforgue. Le professeur de français du début du XIXème siècle est surtout célèbre pour avoir épuré la première édition contemporaine des Mémoires de Casanova; l’oeuvre originale étant jugée à l’époque beaucoup trop crue et donc impubliable en l’état. Dans son Casanova l’admirable, Philippe Sollers s’est longtemps arrêté sur le travail de cet « arrangeur littéraire ». Le travail de Laforgue consista à dissimuler les formules trop explicites dans l’oeuvre du Vénitien. Sollers cite un certain nombre de ces arrangements dont celui-ci tout à fait succulent: une femme, bien entendu, ne se masturbe pas, elle « se fait illusion ». Jamais le professeur n’aurait pu imaginer à quel point il allait faire œuvre de littérature en inventant une expression pour les siècles à venir. De purement formel, le travail de Laforgue est devenu désormais donnée de fond. Nauséabondes, les cuissardes n’obéissent pas simplement à une logique de provocation mais au contraire elles génèrent de la chair qui se donne à voir dans toute sa brutalité. Les cuissardes sont des souliers de pute. Et non de salope. Corps sexuel devenu bestial, dénudé de sa coque symbolique avec laquelle on a essayé de le cacher depuis des siècles. Mais afin de rendre les cuissardes acceptables au plus grand nombre on les a adoucies en rabotant le talon comme la forme afin de gommer les origines. Ainsi minorées elles deviennent inutiles car banales. Chaussures de boue, les cuissardes sont porteuses de sens et ne tolèrent pas la demi-mesure. Vouloir les neutraliser c’est avant tout se trahir soi-même. Pas de compromis, on investit ses désirs ou on les change, et tout le reste n’est que tartufferie. La mode peut être un grand outil de sublimation, Jean Paul Gaultier vient de nous en offrir un magnifique exemple avec son dernier défilé. Au prix du respect tous les sujets sont traitables. Quand le sexe est partout la question urgente est de savoir comment en préserver son authenticité. Et là, Laforgue n’est pas loin car les puritains ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

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LaRare ou Le Temps du désir

Dimanche, septembre 13th, 2009

VivianVivian, Hiver 07/08

GwendolineGwendoline, Hiver 07/08

CordeliaCordelia, Eté 08

VolgaVolga, Eté 09

Par goût mais aussi par formation, Nathalie Elharrar incarne la synthèse entre inspiration artistique et savoir-faire technique. En cinq collections sous son propre nom et d’innombrables collaborations avec de prestigieuses personnalités du monde de la mode, sa réputation n’est plus à faire. Alors que depuis vingt ans déjà le sexe est ouvertement présent dans l’univers de la mode, la créatrice en a fait sa source d’inspiration. Ni faux semblants, ni allusions dissimulées, les modèles, leurs noms comme les collections, font directement référence à l’univers et à la culture sadomasochiste avec une réelle volonté de « rupture avec la morosité du politiquement correct de l’apparence ». Le logo de la griffe est à lui seul tout un programme. Deux poney girls échassées sur talons aiguille surdimensionnés et munies de queue correspondante, forment une être imaginaire, une sorte de centaure au féminin. Chaque soulier, comme un signe d’appartenance, est muni d’un petit anneau qui a été immédiatement associé à un piercing. Dans les faits, c’est un anneau dit de tord-nez, employé dans le milieu équestre. Pour les curieux, l’instrument sert à attraper dans une boucle formée par une corde la lèvre supérieure du cheval. Le fait d’augmenter et de relâcher la pression sans cesse moyennant une plus ou moins grande torsion, endort le cheval doucement, ce qui permet de lui administrer des soins autrement pénibles. Cet objet au fond très techniques développe une forte propulsion imaginaire dont l’effet sensuel immédiat est le tintement du métal contre le soulier lorsque celui-ci est en mouvement. Les voies de la vérité sont parfois sinueuses…

L’expérience prouve que rien n’est immédiat et tout ce qui paraît abouti dans sa simplicité est en réalité le fruit d’une longue gestation. Le talon virgule, imaginé par Roger Vivier et que l’on retrouve chez Nathalie Elharrar dans plusieurs de ses créations au fil du temps, a trouvé sa remarquable forme actuelle après une longue élaboration sur un arc de temps qui se déploie sur une quinzaine d’années. Le plateau des Poneyline Shoes qui apparaît pour la première fois avec le modèle Cordelia est le fruit d’un savant travail d’abstraction à partir du sabot des mammifères ongulés. Comme eux, secret de bottier, celles qui les chaussent déambulent sans talon. Mais la liberté est contagieuse et contre toute contrainte LaRare invente son propre temps, un temps du désir. Les modèles vont et reviennent, subissent des transformations, mais ne disparaissent jamais vraiment. En dehors du temps de la mode qui veut que l’on recommence à chaque saison, il y a la tentation du long terme et du travail en profondeur comme si le désir, lui, ne se démodait jamais. Jamais soldé, toujours d’actualité, la femme Elharrar assume sa diversité. Elle fait ce qu’elle veut, en vivant librement ses envies tantôt dans le regard de l’autre tantôt de manière imperceptible. Avec pour étendard le hors-norme, car le convenable exaspère.

irina124 profilIrina, Hiver 09/10

beluga rose profilIrina, Hiver 09/10

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Studio TMLS, London – redux

Lundi, juillet 27th, 2009

veronica

Studio TMLS, PE 2009

Cet escarpin à bout ouvert et à bride multiple porte le même prénom que leur créatrice, Veronica. D’apparence ingénue, presque enfantine, en substance la bride est perverse. Elle caresse la cheville, l’enserre et lorsque celle-ci fléchit, elle se tend. Ainsi démultipliées, les fines lamelles de cuir sont très familières à tous les amateurs et pratiquants de sport équestre. Leur aspect fait songer à certains harnachements que l’on utilise parfois en dressage, mais aussi lors du saut d’obstacle, pour assurer au cavalier une meilleure tenue ainsi qu’une conduite plus précise de sa monture. L’escarpin est formée de trois bassins superposés, à l’image des anciens jeux d’eau; le regard, semblable aux cascades, suit le cours. De la cheville, il glisse sur le cou de pied pour terminer sur les orteils. Désormais, il ne lui reste qu’à recommencer.

Studio TMLS, London

Samedi, juillet 25th, 2009

ARTINA

IRISPOLLOCK_GREY

AMAZZONE_RED

Vous ne connaissez pas le Studio TMLS? Normal. Situé à Londres, il fabrique des chaussures pour divers créateurs depuis 20 ans, il est donc plutôt connu par le milieu professionnel. Mais depuis peu, la marque a décidé de lancer sa propre collection. La direction artistique a été confiée à Veronica Pistolesi, originaire d’un petit village de Toscane,  région qui, depuis des siècles, a pour tradition le travail du cuir. Façonnant le cuir avec son père depuis son enfance, c’est en 1999 qu’elle quitte l’entreprise familiale pour s’installer à Londres où elle obtient le diplôme de l’University of the Arts of London. A l’issue de ses études, elle est embauchée directement chez Studio TMLS où elle poursuit désormais sa carrière.

Pour la prochaine saison, Studio TMLS propose des couleurs feuilles d’automne. Des cuirs très doux et sensuels, brossés, suédés mais aussi des fourrures et des velours.  Les souliers compensés seront encore en vogue. Déclinés en sandales, escarpins et low boots, ils continueront de marquer la démarche pour le plaisir des amateurs. Il semblerait (j’ai fait ma petite enquête) qu’ils soient plus appréciés par les femmes que par les hommes. D’origine vénale, ce sont pourtant les prostituées vénitiennes qui en ont assuré la première diffusion. Serait-ce un cas de réminiscence culturelle? De toute évidence, confrontés à la manifestation de la sexualité féminine, les hommes ont toujours exprimé un certain malaise, révélation d’une profonde peur. Pour eux, mais pas seulement, Veronica Pistolesi a dessiné également des talons plats qui se déclinent en ballerines mais aussi en impressionnantes cuissardes Renaissance en fourrure qui, comme un gant pour jambes, épousent parfaitement la morphologie.
Certains modèles présentent un talon à angle droit qui est des plus ingénieux. En plus de son caractère esthétique,  il a l’avantage de déplacer le centre de gravité vers le milieu du soulier ce qui a pour effet de concentrer son poids visuel. C’est le cas par exemple des magnifiques low boots, modèles qui, selon les mots mêmes de la créatrice, sont provocants. Entre l’habillé de la bottine et le cou de pied découvert de l’escarpin, on ne sait plus vraiment où l’on est; par effet de dépaysement on est donc forcément nu. Constat encore plus vrai pour celles munies d’une bride autour de la cheville (voir photo ci-dessous). Mais comment ne pas s’attarder aussi sur les escarpins zébrés. Comme le léopard, on le rencontre de plus en plus décliné sous des formes les plus folles et excentriques. De moins en moins naturel, il est de plus en plus gai.

Photos Studio TMLS

Veronica_Pistolesi

Candy shoes

Mercredi, juin 10th, 2009

Karim Rashid pour Melissa

Karim Rashid pour Melissa

jellywestwood

Lady Dragon, Vivienne Westwood pour Melissa
Imperium, Givenchy

Imperium, Givenchy

Longtemps les chaussures en plastique, PVC ou caoutchouc étaient plutôt laides. Nous avons tous dans nos souvenirs les sandales de plage déclinées en différentes couleurs basiques. Cependant, depuis quelques années, les choses ont beaucoup évolué. Le nombre de griffes qui proposent ce type de souliers pour ce printemps/été a augmenté par rapport aux saisons passées faisant présager, comme le soutiennent certains détecteurs de tendances, une augmentation prochaine de leurs apparitions. Les avancées technologiques ont permis de créer des modèles de plus en plus élégants et variés. On est loin de Charles Goodyear, inventeur du caoutchouc vulcanisé au milieu du XIXe siècle qui, par manque de moyens, habillait toute sa famille de cette horrible matière noire et mal odorante sur laquelle il travaillait.
Une des marques phare dans le domaine est certainement Melissa, entreprise brésilienne qui, depuis 1971, s’est spécialisée dans la production de chaussures en plastique. Nombreuses sont les collaborations artistiques non seulement avec les maisons de couture mais aussi avec des architectes et designers. C’est le cas notamment de Karim Rashid designer égyptien basé à New York.

La langue anglaise parle de « jelly shoes » en faisant référence à la matière (le « Merflex » inventé par Melissa) souple et lisse. On en trouve de toutes les formes et couleurs. A l’aspect sucré, elles font penser aux bonbons gélatineux, fraises Tagada et autre friandises du même genre. C’est étonnant à quel point, de par leur aspects et leur odeurs, elles nous donnent envie de les manger. Chaussures de Barbie, elles plongent dans une enfance artificielle dans laquelle, malgré les apparences, toute innocence aurait disparu. Il en existe pour tous les goûts. Bon marché, elles sont accessibles à tous. On est en droit de se poser la question si les cœurs que distribue la « Dragon Lady » de Vivienne Westwood, impreignée de romantisme punk, ne sont pas un peu empoisonnés, pendant que la technologie a permis de lui mettre des talons. Karim Rashid nous transpose dans un futur proche aux formes nouvelles et sinueuses. Avec Riccardo Tisci, c’est le contraire. En se rapprochant de ses origines italiennes, il fait resurgir du passé des sandales romaines pour se rêver impératrice.
Enfin, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les chaussures Melissa sont très respectueuses de l’environnement. Le fait d’êtres fabriquées dans une seule matière leur permet un recyclage facile. En amont également, lors de la production, la marque est particulièrement attentive aux contraintes environnementales. C’est la frivolité à l’ère écologique.

Alaïa, Sandales grelots

Jeudi, mai 21st, 2009

Alaïa grelotsAzzedine Alaïa, PE 09

Le rôle principal des magazines de mode est de déceler les tendances de la saison en cours. C’est ce que soutient par ailleurs Frédéric Monneyron dans son livre la « La frivolité essentielle ». Si l’on suit donc la sagesse du papier glacé (la formule n’est pas ironique), l’une des tendances de cet été c’est la mode ethnique, déclinée sous tous ses aspects vestimentaires, mais également pour l’aménagement et la décoration d’intérieur – variation sur Xavier de Maistre, version « le safari chez moi ». On la voit dans le défilé Dior et notamment avec ses statuettes africaines en guise de talons, mais on pense aussi aux magnifiques sandales épicées « spicy » de Louis Vuitton. Mais surtout, il y a les sandales à clochettes d’Azzedine Alaïa. Le python, plus que d’autres, est la peau du reptile par excellence. Il a toujours eu le mérite d’évoquer des contrées lointaines toutes aussi sauvages les unes que les autres. Le couturier d’origine tunisienne a toujours su, en ce qui concerne son travail de créateur, mélanger savamment les influences issues des deux rives de la Méditerranée. Les larges brides des sandales autour des chevilles, munies de grelots typiquement maghrébines, se transforment en un véritable bijou – non ethnique mais authentique. Azzedine Alaïa ne se situe pas dans la recherche d’une forme exotique, mais il nous fait part directement des traditions de ses propres origines dont les clochettes en font retentir l’écho.

La terre promise

Samedi, mai 2nd, 2009

rossi13cm
Gianvito Rossi, PE 09 (GE 2073)

Devant cet escarpin rouge rubissol, on songe aux paroles prononcées par le Christ dans l’évangile selon Saint Mathieu (22.14), « beaucoup d’appelés, mais peu d’élus ». Certains possèdent la grâce et d’autres tout simplement pas, car très vite il apparait comme évident qu’il se dessine une fracture métaphysique, un clivage existentiel, une distinction vitale entre celles et ceux qui pensent la possession de ces souliers comme essentielle et celles et ceux qui la pensent accessoire. Nombreux ont le regard attiré par la ligne inhabituelle, mais peu franchiront le pas de la boutique de la rue du Mont Thabor en prenant le temps de se poser et comprendre, connecter des pensées dispersées pour assister à la transfiguration.
Adepte des hauteures plus modestes, Gianvito Rossi,en proposant un modèle muni d’un talon de 13 centimètres, a voulu pousser la cambrure du pied vers son point de basculement en fleurtant avec les limites de la portabilité. Simple et sans fioriture, tout est fait pour ne garder que l’essentiel.Expérience du destin, carrefour d’une vie, moment de grâce où tout peut basculer dans un sens comme dans l’autre. Les limites atteignent leur point d’incandescence et deviennent tangibles; des grands instants de vérité où la chair devient esprit.

Charlotte Olympia

Jeudi, avril 30th, 2009

maxine

Maxine

leilaLouise et Leila

harlowCindy Persia et Harlow

tokyoTokyo

Gloria et KabukiGloria et Kabuki

opheliaOphélia

isottaIsotta

Charlotte Olympia est la fille du mannequin brésilien Andrea Dellal et la sœur d’Alice. Ce n’est que récemment, en 2006, qu’elle ouvre sa boutique à Londres. Aux talons exclusivement très hauts, la collection PE 2009 se décline en trois thèmes: « Orient Express », « Vaudeville » et « Big in Japan », avec un peu plus de dix modèles pour chacun.
D’elle-même, elle se dit d’inspiration classique. Effectivement, tous les souliers portent la marque d’un léger décalage qui fait tout leur charme. Une sorte d’arrêt sur image, un écho des temps passés qui nous parvient égaré dans les méandres du temps. Parfois, on rêve avec les années 50, mais aussi avec les années 30 ou avec Salvatore Ferragamo et Elsa Schiaparelli… un halo des temps passés dont on perçoit la réverbération qui parvient jusqu’à nous. Le temps ainsi modulé devient sensible. Grâce à des courbes lourdes, des volumes amples et aux couleurs moisies, voire parfois même poussiéreuses, loin de tout tapage euphorique, ces chaussures invitent au silence et au recueillement un peu comme devant la maison « Ladurée« . Chez elle, même les dorures apparaissent discrètes. Saupoudrées de romantisme sombre, elles vaporisent la religion de la décadence et la foi des décalés.

Nicholas Kirkwood, S90554

Lundi, avril 13th, 2009

kirkwoodbordeauxNicholas Kirkwood, PE 09

Le jeune bottier anglais, qui crée depuis 2005 sous son propre nom, ne fait pas dans le sentimental. Ses créations sont toujours le gage de sensations fortes. Sans concession, elles s’affirment comme les désirs les plus violents. La semelle compensée oblique, signature du créateur, participe au durcissement de l’ensemble en leur conférant une connotation brutale. Exagérées et agressives, elles habillent les pieds pour femmes de caractère qui osent affirmer leur corps comme leur personnalité, ne craignant pas le désir.
Cette sandale se lit comme une imbrication de deux modèles aux caractères différents. Le turquoise est aussi lisse que policé et semble glisser dans le rouge bordeaux au caractère beaucoup plus animal et vivant. Comme une seconde peau, l’amphibien recouvre partiellement le soulier et pointe par devant comme par derrière. Selon les envies ou les besoins du moment, on souhaite apparaître comme étant autre. Jouer avec les dominantes et les subordonnées de son individualité, c’est aussi le rôle du costume.

Porno chic

Jeudi, avril 9th, 2009

mmmrougeMMM, PE 09

mmmbottesouv2

MMM, PE  09

Martin Margiela et sa maison sont certainement les plus conceptuels des couturiers contemporains. Une réflexion abstraite sur les éléments qui constituent l’univers de la mode actuelle comme les notions de mannequinat, de défilé, de modèle, etc., a permis à la Maison de retomber à la sensualité des matières et des corps. Un peu comme quand on a l’impression de voir pour la première fois quelque chose que l’on a eu devant les yeux depuis toujours. Ce qui n’est point étonnant puisque le rôle des concepts théoriques a toujours été celui de faire voir le réel.
En effectuant une découpe précise et régulière, de nature presque chirurgicale dans le cuir du soulier, le regard accède comme par surprise à la cambrure, qui habituellement reste pudiquement dissimulée. Cette apparition soudaine du pied à travers une botte ou une bottine est presque de nature impudique tellement elle est chargée d’indiscrétion, alors que la vue sur cette extrémité du corps est chose courante. Le spectateur est pris par surprise puisque ce qui subsiste des souliers dans ces deux modèles ce n’est que le superflu; il n’y a plus rien pour cacher. Et soudain le désir surgit. La Maison Martin Margiela c’est sexe-érotisme de la pensée, toucher du regard.

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