Archive - ‘ Collections femme ’ Catégorie

Vivienne Westwood, AH 10/11

Samedi, mars 13th, 2010

L’oeil de la néophyte face à la mode

Un stupide pari m’envoie dans des contrées inconnues que sont les défilés de haute couture. L’exercice est ardu, tout est codé comme dans les tableaux, couleurs, postures, symboles.

Devant le titre du défilé je me revoie petite fille feuilletant le Point de Vue de ma grand-mère où s’étalaient toutes les princesses et leurs robes à faire pâlir nos Barbies. Nostalgie puérile et futile, la Haute Couture serait elle passée d’un rêve inaccessible, une légende, à une accessibilité qui tue le rêve ?
Qu’importe, on m’informe que c’est du prêt à porter ! Ouf ! J’ai tellement envie de me draper dans cette cape bleue, d’oser la couleur, de me fondre dans la fluidité de ses vêtements, que mes manches deviennent ailes, prolongent mes bras à l’infini ; que mes bas descendent négligemment (prince les remonteras-tu ?), que le mis bas devienne sexy, que la jupe s’ouvre à la dérobé sur le genoux, que l’encolure glisse sur l’épaule, déposer une goutte de mon Orchid black dans le décolleté juste suggéré … J’ai envie de m’emparer de Paris ainsi vêtue, couleurs se reflétant dans la Seine, la démarche sûre, le pan qui s’envole au tournant de la ruelle, éclat de rire de la bouche rouge, regard charbonneux séduction, chapeau vole et vole mon cœur !
Madame Westwood semble profondément moderne.
Partant du postulat que le prince charmant n’existe plus (ou ne correspond plus à nos rêves), Madame Westwood nous investit princes charmants. Dans ces rôles inversés –très révélateurs de notre société nous voilà donc prince et princesse. La base étant faussée nous ne pouvons que nous attendre à des décalages, de hauteurs, d’unis, d’imprimés, de couleurs, des déstructurations savantes qui charment.
Nous sommes presque convaincue de pouvoir endosser les deux rôles, osons le jean, les leggins colorés façon chevalier du Moyen-Age, le smoking version petit prince mais gardons notre pouvoir de féminité, delà je découvre les jambes, de ci une épaule, un haut de cuisse.

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Mais je déroule le fil du défilé et perçoit les subtilités ; le prince est bien présent, l’éternel rapport homme/femme est là dans la coupe précise de Madame Westwood.
Un dialogue s’installe entre princes et princesses. Les premiers grimés d’une moustache, l’air encore un peu guerrier, farouches, épaulés et gansés de collants ou pantalons. Nos princesses venues des pays chauds comme de la toundra glaciale, jouant de leur fragilité, aguichant mais fortes, osant la couleur, la couronne, le talon, la robe de petite fille, la superbe en noir et blanc, protocole.
Dans un monde imaginaire et réel peuplé du petit chaperon rouge, de Médée, de l’ogre, d’Alice, de courtisanes, de chevaliers, de tsarines, de rapoustine, du Petit Prince, du PDG, de mongols, de cendrillon, le temps presse pour attraper par toutes les ruses possible l’enjeu absolu ; le pouvoir.
Continuant, me voilà plongée dans le ambigüités de chacun. Le prince ose se travestir, la princesse investir le pouvoir parée de sa cape. Le couvre chef induit la position sociale. Entre force et fragilité, nos codes sont mis à mal.

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Madame Weswood après avoir pris le podium pour un ring où hommes et femmes se livrent à un combat du corps vêtu des sceptres du pouvoir nous attendrit avec de vraies robes de princesses pour finalement nous assener une mariée en pantalon couronnée mais de rose… Et cette happy end est une évidence de la modernité de la femme qui peut endosser le rôle du prince, le toise, le défi mais qui a finalement toujours besoin de lui pour lancer son bouquet …

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John Galliano, PE 2010

Jeudi, janvier 14th, 2010

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Plus de trois mois après le défilé l’émotion est encore intacte. Quand le lion rugit, impossible d’y échapper. Très constant dans ses désirs, le couturier revient encore une fois sur des thèmes qui le travaillent depuis ses débuts. A nouveau les années 20 et ses stars du cinéma muet. Mais on est loin de Boulevard du Crépuscule comme ont voulu l’écrire certains. Ici pas de nostalgie, pas de passéisme, de la mélancolie non plus et surtout pas de déchéance. Des problématiques certes propre au film de Billy Wilder mais que l’on ne saurait pas retrouver dans le défilé et encore moins chez le créateur lui-même. Galliano est définitivement du côté de la vie et de sa célébration. Il s’agit de dresser une esquisse, non de ce que ces divas d’antan auraient vécu véritablement mais plutôt comme elles nous apparaissent désormais avec toutes leurs ambiguïtés enfin dévoilées. C’est une des manières d’appréhender le passé afin de se l’approprier et d’en extraire la matière de nos rêves, ambitions et visions. Le faux s’érige comme seul moyen pour pouvoir générer du vrai en nous éloignant du banal. A quoi bon refaire ce qui a été très bien réussi par le passé.

Pour arriver à ses fins le couturier déploie tous ces talents de coloriste en tentant les mélanges les plus fantaisistes habituellement voués à l’échec. Le mièvre des couleurs pastel est associé à des teintes plus consistantes afin de créer un effet des plus extravagant. Le mauve et le violet ou le kaki se superposent au bleu azuré. On retrouve également des couleurs plus fortes mais non moins rares comme le jaune doré, le vermillon où le rouge grenat. Pas tout à fait prêtes, le visage couvert d’un maquillage de scène, semblables à des poupées, les mannequins avancent sur le podium parés d’incongru et d’illogique. Un air de hasard flotte sur cette collection. Comme surprise par une urgence malvenue, la femme Galliano se précipite parmi les hommes en se couvrant avec ce qu’elle trouve sous la main. Comme un immense non finito, la tenue de la veille se mélangeant à celle du lendemain. Les mousselines transparentes cachent mal l’impression d’arrière salle de costumier où rien ne s’associe vraiment mais tout se combine. Avec gaîté parfois hilarité même mais surtout beaucoup de légèreté les chiffons nous rappellent que le bonheur existe. Le défilé est composé principalement de robes courtes comme longues mais on retient surtout les vestes qui sont portées par dessus tout. Et en la matière Galliano détient un secret de fabrication à un niveau rarement atteint par d’autres. La veste ou le pardessus sont certes des pièces de garde-robe à part entière mais depuis toujours on leur a aussi prêté une fonction de substitution; couverture ou cache misère pour un dessous que l’on n’ose pas montrer. C’est à cette utilisation qui a comme corolaire de produire un effet burlesque auquel est rendu hommage ici. C’est pour ainsi dire l’instant de communion lorsque le tragique se glisse dans les habits du comique. Moment que Galliano ne cesse de rechercher. Et c’est la même impression que produisent de nos jours les héroïnes du muet dès lors qu’elles sortent du celluloïd pour briller encore une fois. Tout s’oxyde et à l’image de la mode, pour faire perdurer cet instant de vrai, le monde est obligé de se reformuler à chaque saison.

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Alexander McQueen, PE 2010

Lundi, octobre 26th, 2009

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Alexander McQueen est un créateur engagé. Particulièrement concerné par le futur de notre planète, il a abordé à plusieurs reprises des problématiques touchant directement aux changements liés à l’environnement. Cette fois-ci, il a eu recours au philosophe grec Platon et au mythe de l’Atlantide. Continent immense, situé jadis au milieu de l’océan Atlantique, il aurait été englouti par les flots en l’espace d’une nuit. Avec une collection composée presque exclusivement de robes, Alexander McQueen, en résonance avec une possible montée des eaux, trace une courbe entre la terre et la mer, entre le ferme et le diffus. L’enjeu, semble-t-il nous suggérer, n’est pas les conditions de vie mais les stratégies de survie que les êtres ont su adopter au fil de leur évolution. Confrontés à des changements climatiques, les hommes n’auraient d’autre choix que de se réconcilier avec les flots. Nécessité rendue possible par des transformations génétiques. Deux caméras montées sur des bras mécaniques mettent l’espace en mouvement en renvoyant les images du défilé et des spectateurs sur écran géant. L’espace du défilé habituellement linéaire  devient multiple et se transforme en un kaléidoscope de points de vue et de dimensions. Le réel contient à lui seul tous les possibles.

En guise de prologue, un film que le couturier a produit en collaboration avec Nick Knight est projeté. Image du mal par excellence en occident, il montre des serpents qui glissent sur la peau d’une femme allongée sur le dos. Symbole des temps où l’on prend conscience que la solution nous vient de l’ennemi et  que l’autre n’est pas monstre mais tout simplement différence. Les insectes comme les reptiles ont su modifier leur surface corporelle afin de se prémunir contre des prédateurs ou en réponse à un cadre de vie hostile. La reprise de motifs inspirés du camouflage des mites ou mantes religieuses se traduit par des jacquards extrêmement élaborés, dont le coloris s’étend de différentes nuances de beige à des jaunes et verts. Illusion optique, des modèles exécutés en une seule pièce mélangent jusqu’à la confusion volume de la coupe ou effet produit par l’imprimé. Les mannequins avancent les pieds dans des souliers improbables directement inspirés des tatous, ces mammifères recouverts de corne formant une carapace protectrice de forme ovïde lorsque confrontés à un danger. Au fur et à mesure que le défilé avance, la femme devient insecte, reine des abeilles, et prend même des airs élisabéthains. Les couleurs deviennent plus chaudes, les beiges se teignent en brun, bronze et roux du fait des imprimés dont le sujet est désormais le récif corallien et l’épave du Titanic; éléments de ferraille que l’on retrouve également dans les souliers. En même temps, le bleu azuré, jusque-là fond de scène, passe dans les tissus. Avant la métamorphose finale qui permettra aux êtres une parfaite adaptabilité au monde aquatique, dans un dernier sursis préalable à une  transformation génétique définitive, ils vont essayer, comme des hommes-grenouille, de se glisser dans des habits adaptés aux circonstances. Mais rien n’y fait, la métamorphose est inévitable comme les protubérances qui font leur apparition et qui marquent les visages avec toujours plus d’insistance. De moins en moins humain et de plus en plus poisson, tel semble être leur sort.

Malgré les difficultés auxquelles l’espèce humaine devra se confronter à l’avenir, Alexander McQueen reste confiant et propose une réconciliation avec les temps qui sont et qui fuient. Ce qui compte pour le créateur, c’est de renouer à chaque étape avec la beauté du moment. Intuition aussi salvatrice qu’exigeante car, retour à la leçon morale de Platon dans l’Atlantide, c’est la rectitude qui permet de voir juste et de trancher avec le laid. Et tout n’est plus que légèreté.

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Jean Paul Gaultier, PE 2010

Mardi, octobre 13th, 2009

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Pour cette collection très streetstyle suburbain PE 2010, Jean Paul Gaultier a eu envie de revisiter tous ses fondamentaux: la marinière, la veste smoking, les corsets, le bustier conique, etc. Dans une très grande diversité, il raconte une histoire de femme et de féminité afin d’essayer d’en saisir toute la complexité. Pour en prendre la mesure directe, il suffit de jeter un coup d’œil sur les chaussures. Tout y est et rien ne manque: spartiates hautes lacées en cuir ou tissu, souliers à lacets de type Palladium, des Doc Martens mais aussi des modèles plus élégants comme sandales et escarpins. Les mannequins portent des tatouages tribaux semblables à ceux dont sont couverts les membres du gang dans « La Vida Loca » actuellement en salle. Le documentaire narre l’histoire de jeunes gens défavorisés qui, en dehors de tout droit et règles, sèment la terreur dans les banlieues de San Salvador.

Le défilé débute en garçon manqué avec des pièces en denim conçues en collaboration avec la marque Levi’s. Des casquettes baseball ou mao trônent sur les coiffures ethniques. Des salopettes, mêmes si adoucies par du satin ou des bustiers cônes restent uniforme de travail. Des T-shirts à épaulettes donnent une carrure de footballeur américain. Le jean coupé en bandes et retissé fait apparaître la peau quand celle-ci n’est pas recouverte de maillots ultra-moulants imprimés à motifs bleus de type écorché imitant les muscles et les artères. De magnifiques trenchs kaki à bustier et jupe intégrées cohabitent avec des modèles verts et marron qui confèrent à la suite du défilé un aspect très militaire. La femme Jean Paul Gaultier évolue dans un milieu qui lui est hostile. Le regard de l’autre prêt à juger est partout. Elle a besoin de se protéger et ce n’est pas facile pour elle de mettre en valeur ses atouts les plus féminins. Comme une guerrière, elle montre ses muscles et porte autour de ses hanches des ceintures de guerre dans lesquelles on glisse des projectiles. Elle se cache derrière des vêtements d’homme. Ce n’est que par petites touches qu’elle peut laisser libre cours à sa féminité: des souliers, un corset, quelques accessoires, le nylon des collants … Mais la situation ne tardera pas à se renverser. Les robes surgissent dans un éclat d’oranges et de rouges traités en camaïeux. Des aspirations longtemps sous-jacentes deviennent dominantes. Des tissus en mousseline et crêpe de soie légers, des couleurs tendres, des transparences font leur apparition et les sous-vêtements sont portés en-dessus. Le masculin ne resurgit que de temps à autre en Doc Martens ou en casquette pour laisser la place à une féminité pleinement vécue qui du coup gagne en éclat et en générosité. Le corps, machine musclée, symbole de force, se transforme en sujet de désir et les protections laissent désormais la place au sensible.

Pour Jean Paul Gaultier la mode doit être la maison de tous. Le goût comme le style vestimentaire de chacun est marqué par ses origines. Mais pas de discrimination, dans le monde de la couture tout s’équivaut dans la mesure où l’on est capable de transformer la violence en force créative. D’une forme enfin sclérosée la mode est en mesure de créer l’espoir.

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AF Vandevorst, PE 2010

Lundi, octobre 5th, 2009

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Pour la prochaine saison le transparent est partout mais il est surtout chez AF Vandevorst. Le couple belge a imaginé une collection particulièrement aérienne dans laquelle des tissus ultra légers se superposent pour créer des silhouettes en mouvement. L’atmosphère est très savane et aventure. Un ventilateur qui imite les turbulences souffle les cheveux et fait battre les vêtements comme des draps au vent. Les trenchs, tuniques, robes légères et combis sont tous retenus par de larges ceintures en cuir auxquelles sont accrochées de longues breloques telles des martinets qui font directement écho aux poney shoes de la saison dernière (AH 09/10). Depuis le début, la sensualité et l’érotisme représentent une constante dans le travail d’An Vandevorst et Filip Arickx. Après une décennie de recherches, cette collection présente comme un air d’aboutissement. Comme quelque chose qui a toujours été là, force de vie, une pulsion enfin éclose.
Pour les Vandevorst, le transparent est avant tout incarné par le nylon. An est d’ailleurs une grande collectionneuse de bas vintage, source originelle d’inspiration pour la collection en ce qui concerne la couleur et dont les teintes chair typiques, allant du gris sable au brun roux, ont pour effet de produire un charme suranné. Le nylon avait déjà été à l’honneur lors de la collection PE 09. Des bas blancs avaient été superposés à des collants noirs. A présent, ils envahissent toute la collection en allant jusqu’à déborder sur les chaussures pour les faire disparaître entièrement. Vu de face, les mannequins semblent marcher sur la pointe des pieds; effet boudoir garanti. Aussitôt enfilés, les bas se transforment ici ou là en cuissardes ultra transparentes et servent à pincer jupes et pantalons glissés à l’intérieur afin de les empêcher de s’envoler. Le mou et le dur se côtoient dans un jeu d’échanges. Qui des deux sera le plus résistant? Des plastrons en carton forment un simulacre de carapace autour du buste. Des corsets ouverts accrochés aux épaules, incapables du moindre soutien, perdent leur fonction et se transforment en accessoires. Les coupes sont larges; le tissu abondant enveloppe le corps et devient par moment une cage translucide. La femme Vandevorst mute alors en guerrière de lumière. Le transparent ne donne pas uniquement à voir, il brouille surtout les hiérarchies. L’en-dessous devient visible au-dessus. Fenêtre sur le corps et les choses.

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Alexander McQueen, collection croisière 2010

Jeudi, septembre 3rd, 2009

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Avec les éléments comme les moyens qui sont à leur disposition, les grands créateurs se reconnaissant toujours par le fait qu’ils pensent leur couture. En quelques dizaines de modèles, comme un livre vivant qui se feuillette, la collection en tant qu’ensemble incarne ce processus et, lors du défilé, la passerelle est son lieu d’exposition. Pour cette collection croisière, Alexander McQueen a choisi de reprendre quelques ingrédients qui le travaillent depuis quelques temps déjà: l’imprimé géométrique, du pigment déversé qui forme des traînées de couleur voire des simples taches, le dessin en arabesque et le modelé. Ces éléments constamment présents dans cette collection prennent la place de dominantes ou de subordonnées selon le modèle. Concernant les couleurs qui restent le plus souvent basiques, elles ne font parfois que donner le ton général. Au fil du voyage, le corps, loin d’être un élément passif, devient support, lieu d’accueil sur lequel s’inscrivent les lignes et les formes; il est prêt à apparaître ou disparaître selon le cas.

Intégralité de la collection

La collection s’ouvre sur une série de modèles extrêmement graphiques qui, comme une gigantesque fresque murale, recouvrent les corps avec de larges bandes de couleurs. Dessin imposé au corps qui le travaille jusqu’aux limites de sa disparition physique. Dès lors, c’est une autre évanescence qui fait son apparition, celle causée par la couture même. Plus sculpturale, elle enveloppe le corps en lui superposant une identité faite de tissu. Forme nouvelle comme artificielle, elle est posée sur la chair. L’ordre se transforme en désordre. Sur cette carcasse de tissu devenue toile à peindre sont projetés des éclaboussures de peinture. Acte créateur expressionniste par excellence, geste furtif d’une main agile qui confie pour un instant la forme au hasard. Des traces de couleur marquent les modèles en semant le doute. Mais comme une barrière, le tissu s’érige en rempart. Le chaos n’est que superficiel. Des surfaces entières se noient dans la peinture pour devenir couleur pure. Au fur et mesure que le récit avance, les idées s’entrelacent comme des palpitations effectuant des allers et retours. Avant que le défilé ne se termine sur des robes plus classiques, le dessin s’immisce en couvrant tissu comme peau semblable à une toile d’araignée. Bête fantastique, tatouage d’un jour, vous voilà débarqué dans l’atelier du peintre.

Dior, Haute couture AH 09/10

Lundi, juillet 13th, 2009

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La nature des sous-vêtements est, à juste titre, d’être en dessous et donc de rester voilée au regard. Objet de fantasme, longtemps les femmes en ont été dépourvues. Ce n’est qu’à partir du Moyen Age qu’ils commencent, de manière plus récurrente, à faire partie de la garde-robe féminine. Toujours sagement cachés jusqu’au printemps 1807 où, si l’on suit Geneviève Lafosse Dauvergne, il fit son apparition publique sous forme de caleçon dépassant le jupon. Mais sa véritable carrière publique commence dans les années mille neuf cent quatre-vingts qui font suite à une décennie qui avait largement  méprisé les sous-vêtements prétextant une certaine idée de la libération de la femme. Lassé par des discours de pureté, finalement assez insipides, les femmes se mirent à nouveau à avoir envie de séduire (autrement). Une des premières créatrices à redécouvrir cette liberté est sans aucun doute Vivienne Westwood. C’est elle qui va impulser le passage de la lingerie du boudoir et des sex shops à la rue. Désormais, plus de tabou, les femmes peuvent afficher ouvertement leurs pouvoirs sans être censurées par le sexe opposé. C’est dans cette histoire (en cours) que s’inscrit le défilé Dior.

L’intervention de la couturière anglaise ainsi que de beaucoup d’autres se voulait avant tout revendicative. Affichage d’une sensualité expressive et en même temps exacerbée que l’on met en avant comme une marque constitutive de la personnalité. Les sous-vêtements deviennent l’expression d’une beauté crue, voire parfois violente qui peut devenir pour certains même choquante. Au contraire, John Galliano se place dans une toute autre logique. Sa sensualité est à l’opposé du trash, douce, on la dirait presque à l’ancienne si ce n’était pas par son audace de tout montrer. Touché par la grâce, on est contraint au silence. Ses modèles font directement référence au travail des années 40 et 50 du fondateur de la griffe. Mais comme les affiches lacérées d’un Jacques Villeglé ou d’un Mimmo Rotella, ils donnent à voir ce qu’il y a en dessous et que Christian Dior nous permettait uniquement d’imaginer. Soutiens-gorge cônes, guêpières, porte-jarretelles, bas, jupons dentelle ou transparent, délicieusement désuets, tout est là pour le plaisir de notre regard. C’est le spectacle d’une société qui a définitivement glissé des lettres à l’image. Ce sont elles qui parlent à l’esprit et non plus l’esprit qui produit les images. Comme des Phénix qui renaissent de leurs cendres, les déesses, c’est  ainsi que Christian Dior nommait ses mannequins, reviennent en pin-up. Le rêve du maître, c’est Galliano qui l’a incarné.

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La silhouette Victoria Beckham

Lundi, juin 15th, 2009

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Lors de la présentation à la Fashion Week de New York, Victoria Beckham a reçu un excellent accueil pour sa première collection de prêt-à-porter sous son propre nom. Elle est composée presque exclusivement de robes droites, moulantes, à la taille haute et marquée. Relativement longues, elles couvrent abondamment le genou. A la seule exception près d’un bleu mûr, les couleurs restent sobres. Avec quelques nuances, on constate du noir, du blanc, du gris et du bleu marine.
Comme certaines statues d’art premier, Victoria Beckham travaille la verticale qui n’est coupée que par l’horizontale de la ceinture. Fortement marquée par la répétition, sur un même canevas, elle effectue des gammes en dénudant plus ou moins les épaules, avec ou sans manches et en changeant la forme du col. Sur un ou deux modèles elle s’accorde une broderie, un imprimé ou un élément décoratif comme des paillettes par exemple. Très attentive aux tissus et à leurs effets, elle crée des pulsions de lumière ainsi que des variations de densité qu’elle amplifie en combinant les matières. Toute en nuance et finesse, le vêtement se fait discret pour laisser parler les ondulations du corps. Flagellé par le tissu qui se tend, il est libéré et contraint en même temps. La silhouette Beckham est un sablier qui rythme le temps au fil du mouvement pour faire glisser sans heurt la femme qui la porte du travail au loisir. Toujours en place, toujours élégante, adaptée à toute situation, rien ne la perturbe. Victoria crée des robes à la première personne qui lui ressemblent pour des femmes inextricablement actives, amoureuses et mères de famille. Comment échapper à ce charme?

Les Midinettes de Charles Anastase

Samedi, mai 23rd, 2009

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Charles Anastase fait partie d’une génération de couturiers pour qui le monde est une immense friperie dans laquelle ils peuvent puiser. Ils ont souvent transité par les Beaux Arts ou tout simplement fréquenté le milieu de l’art contemporain dont ils retiennent les thèmes, une leçon de liberté dans la production de sens et une logique d’approche du costume franchement en rupture avec le milieu traditionnel de la mode. Fortement influencés par le street style, ils mettent en avant la création d’une atmosphère ou plus simplement d’un style par rapport au travail plus traditionnel sur canevas. Le fait d’avoir intégré les notions de multiple ainsi que de multitude les situe à l’opposé du total look. Création ouverte, le styliste donne une impulsion que la rue reprend, adapte et modifie en même temps, ce qui a pour effet de modifier son travail comme son rôle.

Sous le thème de la jeune fille en fleur des temps modernes, Charles Anastase brode un certain nombre de propositions relativement hétéroclites. Contrairement aux derniers défilés, perchées sur leurs sandales à plateau, les filles du créateur sont devenues définitivement moins sages. Ecolières, danseuses, pin-up, vacancières, elles ont chiné leur garde-robe avec pour seul guide leur intuition. Plus ou moins rétro, il y en a pour tous les goûts et tempéraments. Modèles, matières comme silhouettes, passés et présents, se mélangent, les influences se croisent. Plus audacieuses que leurs aînées, chez certaines, on devine un malaise latent dont on se demande l’origine. Est-ce à cause de leur propre désir dont elles n’ont pas encore la maîtrise ou de ce qu’on leur demande d’être? Transparentes et sexy, audacieusement dévergondées, elles sont terriblement charmantes.

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