Archive - octobre, 2009

Alexander McQueen, PE 2010

Lundi, octobre 26th, 2009

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Alexander McQueen est un créateur engagé. Particulièrement concerné par le futur de notre planète, il a abordé à plusieurs reprises des problématiques touchant directement aux changements liés à l’environnement. Cette fois-ci, il a eu recours au philosophe grec Platon et au mythe de l’Atlantide. Continent immense, situé jadis au milieu de l’océan Atlantique, il aurait été englouti par les flots en l’espace d’une nuit. Avec une collection composée presque exclusivement de robes, Alexander McQueen, en résonance avec une possible montée des eaux, trace une courbe entre la terre et la mer, entre le ferme et le diffus. L’enjeu, semble-t-il nous suggérer, n’est pas les conditions de vie mais les stratégies de survie que les êtres ont su adopter au fil de leur évolution. Confrontés à des changements climatiques, les hommes n’auraient d’autre choix que de se réconcilier avec les flots. Nécessité rendue possible par des transformations génétiques. Deux caméras montées sur des bras mécaniques mettent l’espace en mouvement en renvoyant les images du défilé et des spectateurs sur écran géant. L’espace du défilé habituellement linéaire  devient multiple et se transforme en un kaléidoscope de points de vue et de dimensions. Le réel contient à lui seul tous les possibles.

En guise de prologue, un film que le couturier a produit en collaboration avec Nick Knight est projeté. Image du mal par excellence en occident, il montre des serpents qui glissent sur la peau d’une femme allongée sur le dos. Symbole des temps où l’on prend conscience que la solution nous vient de l’ennemi et  que l’autre n’est pas monstre mais tout simplement différence. Les insectes comme les reptiles ont su modifier leur surface corporelle afin de se prémunir contre des prédateurs ou en réponse à un cadre de vie hostile. La reprise de motifs inspirés du camouflage des mites ou mantes religieuses se traduit par des jacquards extrêmement élaborés, dont le coloris s’étend de différentes nuances de beige à des jaunes et verts. Illusion optique, des modèles exécutés en une seule pièce mélangent jusqu’à la confusion volume de la coupe ou effet produit par l’imprimé. Les mannequins avancent les pieds dans des souliers improbables directement inspirés des tatous, ces mammifères recouverts de corne formant une carapace protectrice de forme ovïde lorsque confrontés à un danger. Au fur et à mesure que le défilé avance, la femme devient insecte, reine des abeilles, et prend même des airs élisabéthains. Les couleurs deviennent plus chaudes, les beiges se teignent en brun, bronze et roux du fait des imprimés dont le sujet est désormais le récif corallien et l’épave du Titanic; éléments de ferraille que l’on retrouve également dans les souliers. En même temps, le bleu azuré, jusque-là fond de scène, passe dans les tissus. Avant la métamorphose finale qui permettra aux êtres une parfaite adaptabilité au monde aquatique, dans un dernier sursis préalable à une  transformation génétique définitive, ils vont essayer, comme des hommes-grenouille, de se glisser dans des habits adaptés aux circonstances. Mais rien n’y fait, la métamorphose est inévitable comme les protubérances qui font leur apparition et qui marquent les visages avec toujours plus d’insistance. De moins en moins humain et de plus en plus poisson, tel semble être leur sort.

Malgré les difficultés auxquelles l’espèce humaine devra se confronter à l’avenir, Alexander McQueen reste confiant et propose une réconciliation avec les temps qui sont et qui fuient. Ce qui compte pour le créateur, c’est de renouer à chaque étape avec la beauté du moment. Intuition aussi salvatrice qu’exigeante car, retour à la leçon morale de Platon dans l’Atlantide, c’est la rectitude qui permet de voir juste et de trancher avec le laid. Et tout n’est plus que légèreté.

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Jean Paul Gaultier, PE 2010

Mardi, octobre 13th, 2009

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Pour cette collection très streetstyle suburbain PE 2010, Jean Paul Gaultier a eu envie de revisiter tous ses fondamentaux: la marinière, la veste smoking, les corsets, le bustier conique, etc. Dans une très grande diversité, il raconte une histoire de femme et de féminité afin d’essayer d’en saisir toute la complexité. Pour en prendre la mesure directe, il suffit de jeter un coup d’œil sur les chaussures. Tout y est et rien ne manque: spartiates hautes lacées en cuir ou tissu, souliers à lacets de type Palladium, des Doc Martens mais aussi des modèles plus élégants comme sandales et escarpins. Les mannequins portent des tatouages tribaux semblables à ceux dont sont couverts les membres du gang dans « La Vida Loca » actuellement en salle. Le documentaire narre l’histoire de jeunes gens défavorisés qui, en dehors de tout droit et règles, sèment la terreur dans les banlieues de San Salvador.

Le défilé débute en garçon manqué avec des pièces en denim conçues en collaboration avec la marque Levi’s. Des casquettes baseball ou mao trônent sur les coiffures ethniques. Des salopettes, mêmes si adoucies par du satin ou des bustiers cônes restent uniforme de travail. Des T-shirts à épaulettes donnent une carrure de footballeur américain. Le jean coupé en bandes et retissé fait apparaître la peau quand celle-ci n’est pas recouverte de maillots ultra-moulants imprimés à motifs bleus de type écorché imitant les muscles et les artères. De magnifiques trenchs kaki à bustier et jupe intégrées cohabitent avec des modèles verts et marron qui confèrent à la suite du défilé un aspect très militaire. La femme Jean Paul Gaultier évolue dans un milieu qui lui est hostile. Le regard de l’autre prêt à juger est partout. Elle a besoin de se protéger et ce n’est pas facile pour elle de mettre en valeur ses atouts les plus féminins. Comme une guerrière, elle montre ses muscles et porte autour de ses hanches des ceintures de guerre dans lesquelles on glisse des projectiles. Elle se cache derrière des vêtements d’homme. Ce n’est que par petites touches qu’elle peut laisser libre cours à sa féminité: des souliers, un corset, quelques accessoires, le nylon des collants … Mais la situation ne tardera pas à se renverser. Les robes surgissent dans un éclat d’oranges et de rouges traités en camaïeux. Des aspirations longtemps sous-jacentes deviennent dominantes. Des tissus en mousseline et crêpe de soie légers, des couleurs tendres, des transparences font leur apparition et les sous-vêtements sont portés en-dessus. Le masculin ne resurgit que de temps à autre en Doc Martens ou en casquette pour laisser la place à une féminité pleinement vécue qui du coup gagne en éclat et en générosité. Le corps, machine musclée, symbole de force, se transforme en sujet de désir et les protections laissent désormais la place au sensible.

Pour Jean Paul Gaultier la mode doit être la maison de tous. Le goût comme le style vestimentaire de chacun est marqué par ses origines. Mais pas de discrimination, dans le monde de la couture tout s’équivaut dans la mesure où l’on est capable de transformer la violence en force créative. D’une forme enfin sclérosée la mode est en mesure de créer l’espoir.

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AF Vandevorst, PE 2010

Lundi, octobre 5th, 2009

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Pour la prochaine saison le transparent est partout mais il est surtout chez AF Vandevorst. Le couple belge a imaginé une collection particulièrement aérienne dans laquelle des tissus ultra légers se superposent pour créer des silhouettes en mouvement. L’atmosphère est très savane et aventure. Un ventilateur qui imite les turbulences souffle les cheveux et fait battre les vêtements comme des draps au vent. Les trenchs, tuniques, robes légères et combis sont tous retenus par de larges ceintures en cuir auxquelles sont accrochées de longues breloques telles des martinets qui font directement écho aux poney shoes de la saison dernière (AH 09/10). Depuis le début, la sensualité et l’érotisme représentent une constante dans le travail d’An Vandevorst et Filip Arickx. Après une décennie de recherches, cette collection présente comme un air d’aboutissement. Comme quelque chose qui a toujours été là, force de vie, une pulsion enfin éclose.
Pour les Vandevorst, le transparent est avant tout incarné par le nylon. An est d’ailleurs une grande collectionneuse de bas vintage, source originelle d’inspiration pour la collection en ce qui concerne la couleur et dont les teintes chair typiques, allant du gris sable au brun roux, ont pour effet de produire un charme suranné. Le nylon avait déjà été à l’honneur lors de la collection PE 09. Des bas blancs avaient été superposés à des collants noirs. A présent, ils envahissent toute la collection en allant jusqu’à déborder sur les chaussures pour les faire disparaître entièrement. Vu de face, les mannequins semblent marcher sur la pointe des pieds; effet boudoir garanti. Aussitôt enfilés, les bas se transforment ici ou là en cuissardes ultra transparentes et servent à pincer jupes et pantalons glissés à l’intérieur afin de les empêcher de s’envoler. Le mou et le dur se côtoient dans un jeu d’échanges. Qui des deux sera le plus résistant? Des plastrons en carton forment un simulacre de carapace autour du buste. Des corsets ouverts accrochés aux épaules, incapables du moindre soutien, perdent leur fonction et se transforment en accessoires. Les coupes sont larges; le tissu abondant enveloppe le corps et devient par moment une cage translucide. La femme Vandevorst mute alors en guerrière de lumière. Le transparent ne donne pas uniquement à voir, il brouille surtout les hiérarchies. L’en-dessous devient visible au-dessus. Fenêtre sur le corps et les choses.

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