Archive - septembre, 2009

D’une nudité à l’autre

Dimanche, septembre 27th, 2009

_Users_magalicazot_Pictures_iPhoto Library_Modified_2009_pourelle_P1330843Magali Cazot, Baladine

MagaliCazotMagali Cazot, Nora

Notre obsession pour le corps qui relève avant tout du développement des soins ainsi que de l’amélioration du mode de vie a eu pour effet de voir se démultiplier les liens entre mode et érotisme. Objet esthétique en soi, il est désormais possible de le montrer. L’exposition du corps n’est plus limitée au privé, elle est devenue chose publique. Amorcé par certains, le récent glissement de la mode vers le style n’a fait qu’exacerber cet état de fait en transformant le vêtement en partie intégrante de l’expression de soi. Elément principal du rapport à l’autre, cathaliseur d’attraits, désormais on ne porte plus ses vêtements, on est ses vêtements. Dans cette mise-en-scène du moi que devient le support, c’est à dire le corps nu?

Magali Cazot, jeune artiste, a peint une série de nus féminins très envoûtants par leur radicalité. Crus et violents par leur point de vue même, les deux jeunes filles posent frontalement face au spectateur en assumant pleinement leur nudité. Une mise en scène réduit à minima, sans allégorie, le but du peintre étant de soumettre le corps au regard en une envie première d’être vu. Prendre une pose est d’une certaine manière déjà s’habiller un peu. Cette épuration maximale fait surgir une forte contradiction irréductible entre force vitale et quelque chose de plus sombre. Les deux pôles opposés entre lesquels oscille la vie. Cette tension s’exprime jusque dans le choix des couleurs, des rouges déviés, teintes qui de plus sont marquées par une braise sexuellement charnelle. Mais, il y a différentes manière de révéler son corps. La sensualité est toujours le fruit d’une mise en valeur savamment réfléchie car même nu, un corps n’en est pas pour autant érotique. Sans nul doute, une des fonctions du vêtement est de cacher la nudité. Acte volontaire, il y en a aussi qui tout en couvrant ne cherchent pas à faire oublier le corps. Plus que de cacher et au delà du corps, ils créent de la chair, matière première du désir. Continent aux possibilités infinies, Jean Paul Gaultier a choisi de nommer X sa collection AH 09/10, symbole de l’interdit, part maudite du désir enfin incarné. Le créateur cache et dévoile à sa guise, compose avec des matières ambiguës, les tissus opaques s’amusent à suggérer et les références érotiques fusent. Mark Fast, quant à lui, s’inspire des trous. Depuis quelques saisons, le jeune créateur d’origine canadienne invente des robes tricotées. Entrelacement de fils tenus par un nombre infini de nœuds qui embrassent le corps. Définitivement, l’espace entre corps et vêtement s’est réduit.

Gaultier_RF9_1444Jean Paul Gaultier, AH 09/10

MarkFastMark Fast, PE 10

Magali Cazot sur son site et son blog.

LaRare ou Le Temps du désir

Dimanche, septembre 13th, 2009

VivianVivian, Hiver 07/08

GwendolineGwendoline, Hiver 07/08

CordeliaCordelia, Eté 08

VolgaVolga, Eté 09

Par goût mais aussi par formation, Nathalie Elharrar incarne la synthèse entre inspiration artistique et savoir-faire technique. En cinq collections sous son propre nom et d’innombrables collaborations avec de prestigieuses personnalités du monde de la mode, sa réputation n’est plus à faire. Alors que depuis vingt ans déjà le sexe est ouvertement présent dans l’univers de la mode, la créatrice en a fait sa source d’inspiration. Ni faux semblants, ni allusions dissimulées, les modèles, leurs noms comme les collections, font directement référence à l’univers et à la culture sadomasochiste avec une réelle volonté de « rupture avec la morosité du politiquement correct de l’apparence ». Le logo de la griffe est à lui seul tout un programme. Deux poney girls échassées sur talons aiguille surdimensionnés et munies de queue correspondante, forment une être imaginaire, une sorte de centaure au féminin. Chaque soulier, comme un signe d’appartenance, est muni d’un petit anneau qui a été immédiatement associé à un piercing. Dans les faits, c’est un anneau dit de tord-nez, employé dans le milieu équestre. Pour les curieux, l’instrument sert à attraper dans une boucle formée par une corde la lèvre supérieure du cheval. Le fait d’augmenter et de relâcher la pression sans cesse moyennant une plus ou moins grande torsion, endort le cheval doucement, ce qui permet de lui administrer des soins autrement pénibles. Cet objet au fond très techniques développe une forte propulsion imaginaire dont l’effet sensuel immédiat est le tintement du métal contre le soulier lorsque celui-ci est en mouvement. Les voies de la vérité sont parfois sinueuses…

L’expérience prouve que rien n’est immédiat et tout ce qui paraît abouti dans sa simplicité est en réalité le fruit d’une longue gestation. Le talon virgule, imaginé par Roger Vivier et que l’on retrouve chez Nathalie Elharrar dans plusieurs de ses créations au fil du temps, a trouvé sa remarquable forme actuelle après une longue élaboration sur un arc de temps qui se déploie sur une quinzaine d’années. Le plateau des Poneyline Shoes qui apparaît pour la première fois avec le modèle Cordelia est le fruit d’un savant travail d’abstraction à partir du sabot des mammifères ongulés. Comme eux, secret de bottier, celles qui les chaussent déambulent sans talon. Mais la liberté est contagieuse et contre toute contrainte LaRare invente son propre temps, un temps du désir. Les modèles vont et reviennent, subissent des transformations, mais ne disparaissent jamais vraiment. En dehors du temps de la mode qui veut que l’on recommence à chaque saison, il y a la tentation du long terme et du travail en profondeur comme si le désir, lui, ne se démodait jamais. Jamais soldé, toujours d’actualité, la femme Elharrar assume sa diversité. Elle fait ce qu’elle veut, en vivant librement ses envies tantôt dans le regard de l’autre tantôt de manière imperceptible. Avec pour étendard le hors-norme, car le convenable exaspère.

irina124 profilIrina, Hiver 09/10

beluga rose profilIrina, Hiver 09/10

9 Commentaires

Catégorie Souliers / Tags: /

Social Networks : Technorati, Stumble it!, Digg, delicious, Yahoo, reddit, Blogmarks, Google, Magnolia.

Alexander McQueen, collection croisière 2010

Jeudi, septembre 3rd, 2009

1

5,jpg

9

15

23

Avec les éléments comme les moyens qui sont à leur disposition, les grands créateurs se reconnaissant toujours par le fait qu’ils pensent leur couture. En quelques dizaines de modèles, comme un livre vivant qui se feuillette, la collection en tant qu’ensemble incarne ce processus et, lors du défilé, la passerelle est son lieu d’exposition. Pour cette collection croisière, Alexander McQueen a choisi de reprendre quelques ingrédients qui le travaillent depuis quelques temps déjà: l’imprimé géométrique, du pigment déversé qui forme des traînées de couleur voire des simples taches, le dessin en arabesque et le modelé. Ces éléments constamment présents dans cette collection prennent la place de dominantes ou de subordonnées selon le modèle. Concernant les couleurs qui restent le plus souvent basiques, elles ne font parfois que donner le ton général. Au fil du voyage, le corps, loin d’être un élément passif, devient support, lieu d’accueil sur lequel s’inscrivent les lignes et les formes; il est prêt à apparaître ou disparaître selon le cas.

Intégralité de la collection

La collection s’ouvre sur une série de modèles extrêmement graphiques qui, comme une gigantesque fresque murale, recouvrent les corps avec de larges bandes de couleurs. Dessin imposé au corps qui le travaille jusqu’aux limites de sa disparition physique. Dès lors, c’est une autre évanescence qui fait son apparition, celle causée par la couture même. Plus sculpturale, elle enveloppe le corps en lui superposant une identité faite de tissu. Forme nouvelle comme artificielle, elle est posée sur la chair. L’ordre se transforme en désordre. Sur cette carcasse de tissu devenue toile à peindre sont projetés des éclaboussures de peinture. Acte créateur expressionniste par excellence, geste furtif d’une main agile qui confie pour un instant la forme au hasard. Des traces de couleur marquent les modèles en semant le doute. Mais comme une barrière, le tissu s’érige en rempart. Le chaos n’est que superficiel. Des surfaces entières se noient dans la peinture pour devenir couleur pure. Au fur et mesure que le récit avance, les idées s’entrelacent comme des palpitations effectuant des allers et retours. Avant que le défilé ne se termine sur des robes plus classiques, le dessin s’immisce en couvrant tissu comme peau semblable à une toile d’araignée. Bête fantastique, tatouage d’un jour, vous voilà débarqué dans l’atelier du peintre.

Haut de la page