Archive - juillet, 2009

Studio TMLS, London – redux

Lundi, juillet 27th, 2009

veronica

Studio TMLS, PE 2009

Cet escarpin à bout ouvert et à bride multiple porte le même prénom que leur créatrice, Veronica. D’apparence ingénue, presque enfantine, en substance la bride est perverse. Elle caresse la cheville, l’enserre et lorsque celle-ci fléchit, elle se tend. Ainsi démultipliées, les fines lamelles de cuir sont très familières à tous les amateurs et pratiquants de sport équestre. Leur aspect fait songer à certains harnachements que l’on utilise parfois en dressage, mais aussi lors du saut d’obstacle, pour assurer au cavalier une meilleure tenue ainsi qu’une conduite plus précise de sa monture. L’escarpin est formée de trois bassins superposés, à l’image des anciens jeux d’eau; le regard, semblable aux cascades, suit le cours. De la cheville, il glisse sur le cou de pied pour terminer sur les orteils. Désormais, il ne lui reste qu’à recommencer.

Studio TMLS, London

Samedi, juillet 25th, 2009

ARTINA

IRISPOLLOCK_GREY

AMAZZONE_RED

Vous ne connaissez pas le Studio TMLS? Normal. Situé à Londres, il fabrique des chaussures pour divers créateurs depuis 20 ans, il est donc plutôt connu par le milieu professionnel. Mais depuis peu, la marque a décidé de lancer sa propre collection. La direction artistique a été confiée à Veronica Pistolesi, originaire d’un petit village de Toscane,  région qui, depuis des siècles, a pour tradition le travail du cuir. Façonnant le cuir avec son père depuis son enfance, c’est en 1999 qu’elle quitte l’entreprise familiale pour s’installer à Londres où elle obtient le diplôme de l’University of the Arts of London. A l’issue de ses études, elle est embauchée directement chez Studio TMLS où elle poursuit désormais sa carrière.

Pour la prochaine saison, Studio TMLS propose des couleurs feuilles d’automne. Des cuirs très doux et sensuels, brossés, suédés mais aussi des fourrures et des velours.  Les souliers compensés seront encore en vogue. Déclinés en sandales, escarpins et low boots, ils continueront de marquer la démarche pour le plaisir des amateurs. Il semblerait (j’ai fait ma petite enquête) qu’ils soient plus appréciés par les femmes que par les hommes. D’origine vénale, ce sont pourtant les prostituées vénitiennes qui en ont assuré la première diffusion. Serait-ce un cas de réminiscence culturelle? De toute évidence, confrontés à la manifestation de la sexualité féminine, les hommes ont toujours exprimé un certain malaise, révélation d’une profonde peur. Pour eux, mais pas seulement, Veronica Pistolesi a dessiné également des talons plats qui se déclinent en ballerines mais aussi en impressionnantes cuissardes Renaissance en fourrure qui, comme un gant pour jambes, épousent parfaitement la morphologie.
Certains modèles présentent un talon à angle droit qui est des plus ingénieux. En plus de son caractère esthétique,  il a l’avantage de déplacer le centre de gravité vers le milieu du soulier ce qui a pour effet de concentrer son poids visuel. C’est le cas par exemple des magnifiques low boots, modèles qui, selon les mots mêmes de la créatrice, sont provocants. Entre l’habillé de la bottine et le cou de pied découvert de l’escarpin, on ne sait plus vraiment où l’on est; par effet de dépaysement on est donc forcément nu. Constat encore plus vrai pour celles munies d’une bride autour de la cheville (voir photo ci-dessous). Mais comment ne pas s’attarder aussi sur les escarpins zébrés. Comme le léopard, on le rencontre de plus en plus décliné sous des formes les plus folles et excentriques. De moins en moins naturel, il est de plus en plus gai.

Photos Studio TMLS

Veronica_Pistolesi

Ines

Dimanche, juillet 19th, 2009

My leather button driving Gloves

My Snake Half Gloves

My_Sensual_indulging_up-shoulder_Gloves_

Il fut un temps où les gants étaient plus que des gants. Symbole de distinction sociale, emblème de royauté, attribut de tout homme d’église, atout indispensable pour toute femme de société, tel n’est plus le cas aujourd’hui. Accessoire destitué, il ne garde désormais que ses fonctions utilitaires, à savoir abriter du froid en hiver et protéger les mains. Loin derrière nous est la période où les gants étaient, avec les chapeaux, l’accessoire par excellence. Mais ils n’ont peut être pas encore dit leur dernier mot, si on juge du nombre grandissant de boutiques qui lui sont consacrées exclusivement.

Ines Van Der Born est l’une d’entre elles. Cette créatrice néerlandaise, ne pouvant trouver ce qu’elle cherchait, décida de dessiner elle-même ses propres modèles, choisissant les cuirs les plus fins, agneau, mouton ou encore de pécari (sorte de cochon nain d’Amérique du Sud) pour permettre aux gants d’épouser au plus près la forme de la main. Coupé dans un seul morceau et d’un cuir lisse, ils jouent le rôle d’une seconde peau préservant toute la sensibilité tactile. Ines est une entreprise familiale et entièrement dédiée à la production de gants de luxe. De nombreux modèles sont proposés pour femme comme pour homme, mais ce qui fait la particularité de la marque n’est pas seulement le grand choix de coloris, c’est surtout leurs déclinaisons en de nombreuses nuances afin de s’adapter aux mieux à la demande de la clientèle. Parmi les modèles emblématiques de la maison, on trouve les gants de doigts dont la particularité, contrairement aux mitaines, est de ne couvrir que les doigts de la main (voir photo plus haut). Mais il y a aussi des gants sans doigts qui laissent les phalanges en toute liberté, ou d’autres qui en arrivent même à couvrir le bras jusqu’à l’épaule (photo ci-dessus), voire un modèle boléro dont les manches atteignent les bouts des doigts. Enfin on trouve aussi les fameux gants de conduite qui étaient en vogue au début de l’ère automobile à l’aube du siècle dernier. Parmi les particularités, on note aussi des gants pour jambes que les plus frileuses pourront choisir de porter sous une jupe ou, plus osé, avec un short.

My Sensual oh-la-la Leg Gloves

Les gants protègent, mais ils colorent et décorent aussi les mains. En soulignant le geste, ils l’amplifient tout en l’estompant. Plus sinueux, le mouvement gagne en sensualité. Avec des gants longs, les bras se transforment en tentacules prêts à attirer tout ce qui approche. En les habillant, d’anonymes, les mains deviennent visibles. Les gants sont à la main ce que le vernis à ongles est aux doigts. Un révélateur de personnalité qui s’adapte et se transforme au fil des envies. En été comme en hiver, les gants permettent de mieux dessiner une ligne ou compléter un ensemble. Accessoire désuet, déjà indispensable, et qui finit par se décliner aussi pour notre ami le plus fidèle…

Photos INES GLOVES

My Ines Doggy Glove

Dior, Haute couture AH 09/10

Lundi, juillet 13th, 2009

Dior_HC_1

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La nature des sous-vêtements est, à juste titre, d’être en dessous et donc de rester voilée au regard. Objet de fantasme, longtemps les femmes en ont été dépourvues. Ce n’est qu’à partir du Moyen Age qu’ils commencent, de manière plus récurrente, à faire partie de la garde-robe féminine. Toujours sagement cachés jusqu’au printemps 1807 où, si l’on suit Geneviève Lafosse Dauvergne, il fit son apparition publique sous forme de caleçon dépassant le jupon. Mais sa véritable carrière publique commence dans les années mille neuf cent quatre-vingts qui font suite à une décennie qui avait largement  méprisé les sous-vêtements prétextant une certaine idée de la libération de la femme. Lassé par des discours de pureté, finalement assez insipides, les femmes se mirent à nouveau à avoir envie de séduire (autrement). Une des premières créatrices à redécouvrir cette liberté est sans aucun doute Vivienne Westwood. C’est elle qui va impulser le passage de la lingerie du boudoir et des sex shops à la rue. Désormais, plus de tabou, les femmes peuvent afficher ouvertement leurs pouvoirs sans être censurées par le sexe opposé. C’est dans cette histoire (en cours) que s’inscrit le défilé Dior.

L’intervention de la couturière anglaise ainsi que de beaucoup d’autres se voulait avant tout revendicative. Affichage d’une sensualité expressive et en même temps exacerbée que l’on met en avant comme une marque constitutive de la personnalité. Les sous-vêtements deviennent l’expression d’une beauté crue, voire parfois violente qui peut devenir pour certains même choquante. Au contraire, John Galliano se place dans une toute autre logique. Sa sensualité est à l’opposé du trash, douce, on la dirait presque à l’ancienne si ce n’était pas par son audace de tout montrer. Touché par la grâce, on est contraint au silence. Ses modèles font directement référence au travail des années 40 et 50 du fondateur de la griffe. Mais comme les affiches lacérées d’un Jacques Villeglé ou d’un Mimmo Rotella, ils donnent à voir ce qu’il y a en dessous et que Christian Dior nous permettait uniquement d’imaginer. Soutiens-gorge cônes, guêpières, porte-jarretelles, bas, jupons dentelle ou transparent, délicieusement désuets, tout est là pour le plaisir de notre regard. C’est le spectacle d’une société qui a définitivement glissé des lettres à l’image. Ce sont elles qui parlent à l’esprit et non plus l’esprit qui produit les images. Comme des Phénix qui renaissent de leurs cendres, les déesses, c’est  ainsi que Christian Dior nommait ses mannequins, reviennent en pin-up. Le rêve du maître, c’est Galliano qui l’a incarné.

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Peaux de Camion

Samedi, juillet 4th, 2009

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Entre récupération nouveau réaliste et sculpture molle, Magalie Grondin crée des œuvres qui sont aussi des sacs en confluence. Sa matière première, ce sont les chambres à air de camion. Des androïdes qui sèment le doute entre organique et minéral. Carcasses de bêtes immondes qui nous parviennent d’une modernité industrielle déjà presqu’oubliée. Entrailles de machines, découpées au scalpel et recousues. Comme des fauves, elle les dompte : de disgracieuses elles deviennent élégantes, de brutales elles deviennent charmantes. Ces peaux tannées ont l’air encore vivantes, si bien qu’on pourrait craindre même qu’à tout moment leurs cœurs se remettent à battre. C’est en cela justement que réside leur force, leur nature jamais tout-à-fait dominée; elles restent trash.

Originaire de l’Ile de la Réunion, Magalie Grondin pense ses sacs avant tout comme des œuvres d’art et aime les présenter dans des galeries d’art contemporain. Fait qui peut sembler étonnant en France, mais beaucoup moins en Angleterre par exemple, puisqu’il y a de plus en plus de créateurs de mode qui souhaitent sortir des circuits économiques habituels et présenter leur travail dans un cadre qui soit plus attentif au processus créatif. La créatrice pense la forme mobile sans craindre ni son doute ni son ambiguïté. Le multiple comme le flou sont à la base du mou. Comme un peintre, extrêmement attentive à la teinte, elle veille aux choix des caoutchoucs. Les créations « Peaux de Camion » sont toutes des pièces uniques qui se déclinent en deux séries distinctes. Une première épurée, laissant le champ libre à la pleine expression de la matière et du travail sur la forme. Une seconde plus chargée qui laisse la place à une décoration plus fantaisiste. En plus des sacs, elle s’est également essayée aux bijoux et aux vêtements. A la Réunion, pas de doute, les filles sont branchées.

 

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Exposé jusqu’au 9 juillet
16, rue Léopold Bellan, 75002

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