Archive - juin, 2009

Transparences

Mardi, juin 30th, 2009

dscn0157_3Photo Paul Laurens pour Palace Costes
robe Karl Lagerfeld, boots Chanel

 

 

dscn0156_3Photo Paul Laurens pour Palace Costes
jupe Fendi, bustier Alexis Mabille, sandales Jimmy Choo

 

 

La mode a toujours aimé jouer avec la transparence. Elsa Schiaparelli, grande gourmande de scandales, l’utilise dans les années trente. Mais son emploi est loin d’être limité au XXe siècle. Son expression la plus répandue est certainement la dentelle, même si on la retrouve aussi dans des tissus très fins tel le lin ou la mousseline. Cependant, ce n’est qu’à partir de la fin des années 80 que la mode a commencé à y recourir de manière plus systématique en explorant toutes ses facettes. Depuis, elle resurgit de manière récurrente à chaque saison.
La caractéristique principale du transparent, c’est sa capacité à laisser apparaître le sous-jacent avec netteté. Par sa fragilité, il se doit d’être manié avec la plus grande délicatesse. Sa nature même incite au recueillement sensible. Dans une séparation des tâches classiques, il devient l’attribut féminin par excellence. Dans une telle configuration, les occupations comme le tempérament des hommes s’adaptent mal à ces exigences. Mais tel n’est plus le cas aujourd’hui. Les collections homme proposent de plus en plus de pièces transparentes. C’est le cas par exemple d’Yves Saint Laurent ou de Dior pour ce printemps-été 09. La marque Gerbe va encore plus loin et propose même des collants en nylon pour homme qui se vendraient d’ailleurs très bien. Conséquence de l’effacement qui séparait jadis nettement le masculin et le féminin.
Symbole de pureté immaculée dans sa forme la plus absolue, le transparent servait à recouvrir un corps féminin allégorique qui se voulait loin de toute tentation charnelle. Dans cette logique représentative propre à une peinture de la renaissance mais aussi classique, les attributs du tissu sont en quelque sortes translatés vers l’âme. Cette utilisation que l’on peut définir de spirituelle est loin d’être désuète de nos jours. L’exigence démocratique grandissante de nos sociétés a fait que l’on applique cette notion à nos institutions gouvernementales. Exigence sociale contemporaine dont une certaine architecture, somme toute très protestante, s’est faite le porte parole avec des architectes comme Jean Nouvel et Dominique Perrault ayant recours presque exclusivement au verre et à de larges surfaces ouvertes.
0n discerne trois façons majeures d’utiliser le transparent en couture : en superposition pour faire surgir à certains endroits un tissu qui autrement serait caché, mais aussi pour dévoiler des partie du corps plus ou moins intimes et enfin pour recouvrir des membres habituellement nus, c’est le cas des bas par exemple. Le transparent se caractérise par la contradiction puisqu’il montre tout en cachant et en ce sens il s’oppose au rien. Matière à minima, il donne à voir, oui mais autre chose. Catalyseur ou transformateur, il donne à voir sous un autre jour. Il montre plus nu que nu. D’où sa tendance scandalogène. Difficilement classable, il choque également par son artificialité : le corps est nu mais pas non plus. Celui-ci se situe à la lisière des conventions sociales sans que l’on puisse dire clairement s’il est dans l’autorisé ou l’interdit. Cette ambiguïté est à l’origine du charme ou du trouble provoqué par le nylon. Collants et bas ne cachent rien de la jambe tout en la rendant plus présente. Ce jeu est poussé encore plus loin par les collants sans pieds ou leggins qui sont à la mode depuis quelques saisons déjà et qui placent côte à côte, en rupture, différentes textures de chair. Scélérat, le transparent pousse à l’incandescence l’envie pour l’objet désiré. Porte de l’interdit.

 

dscn0158_2Photo Paul Laurens pour Palace Costes
manteau Céline, boots Christian Louboutin

La silhouette Victoria Beckham

Lundi, juin 15th, 2009

beckham7Victoria Beckham, PE 09

beckham13Victoria Beckham, PE 09

 

Lors de la présentation à la Fashion Week de New York, Victoria Beckham a reçu un excellent accueil pour sa première collection de prêt-à-porter sous son propre nom. Elle est composée presque exclusivement de robes droites, moulantes, à la taille haute et marquée. Relativement longues, elles couvrent abondamment le genou. A la seule exception près d’un bleu mûr, les couleurs restent sobres. Avec quelques nuances, on constate du noir, du blanc, du gris et du bleu marine.
Comme certaines statues d’art premier, Victoria Beckham travaille la verticale qui n’est coupée que par l’horizontale de la ceinture. Fortement marquée par la répétition, sur un même canevas, elle effectue des gammes en dénudant plus ou moins les épaules, avec ou sans manches et en changeant la forme du col. Sur un ou deux modèles elle s’accorde une broderie, un imprimé ou un élément décoratif comme des paillettes par exemple. Très attentive aux tissus et à leurs effets, elle crée des pulsions de lumière ainsi que des variations de densité qu’elle amplifie en combinant les matières. Toute en nuance et finesse, le vêtement se fait discret pour laisser parler les ondulations du corps. Flagellé par le tissu qui se tend, il est libéré et contraint en même temps. La silhouette Beckham est un sablier qui rythme le temps au fil du mouvement pour faire glisser sans heurt la femme qui la porte du travail au loisir. Toujours en place, toujours élégante, adaptée à toute situation, rien ne la perturbe. Victoria crée des robes à la première personne qui lui ressemblent pour des femmes inextricablement actives, amoureuses et mères de famille. Comment échapper à ce charme?

Fuchsia

Samedi, juin 13th, 2009

Fendi, cuir perforé, PE 09

Fendi, cuir perforé, PE 09

Alexander McQueen, PE 09

Alexander McQueen, PE 09

La Perla, PE 09

La Perla, PE 09

Givenchy, PE 09

Givenchy, PE 09

Et si le bonheur commençait avec une couleur. Très en vogue ces temps-ci, le colorant fuchsia a été découvert en Angleterre en 1859 précisément. Immédiatement, dès l’année d’après, il fut adopté par la mode féminine d’outre-manche, toujours friande de couleurs vives. Entre le rose et le pourpre, on lui connaît différentes nuances comme le magenta, le framboise ou le rose bonbon entre lesquelles il n’est pas toujours aisé de faire la distinction, d’autant plus que cela implique, comme toujours en matière de couleur, une part de subjectivité. Toutes ces nuances, on les classe dans le sous-ensemble de la fuchsine. Le fait d’être plus ou moins saturé a pour effet d’augmenter l’apparence fluo de la couleur. D’une manière plus générale, on peut dire qu’il fait partie de la famille des rouges dont la particularité est de tirer vers le rose violacé. Le fuchsia garde la vivacité initiale du rouge tout en étant plus clair, contrairement à un rouge pâle, et sans épouser la morosité du violet. Son apparence reste très artificielle malgré l’existence d’une fleur du même nom, ce qui ne fait qu’augmenter son prestige auprès des amateurs. On aimerait le croquer, tellement il fait songer aux sucreries les plus extravagantes.
Contrairement à son grand frère, le fuchsia répand sans ambiguïté le bonheur et la gaîté partout où il surgit en faisant oublier les mauvais côtés du rouge. Comme le dieu romain Janus, le rouge, a deux visages une bonne et une mauvaise. Il symbolise en même temps l’amour, la passion, la chaleur mais aussi le danger, le sang, le crime, la colère et la violence.
Si à l’instar de tout suractif, le fuchsia peut paraître agité, il est aussi puissant et généreux. Il ne manque pas d’indiscrétion. Pipelet, il fait parler de lui et ne craint pas de se faire remarquer. Pour se montrer en sa compagnie, il ne faut pas avoir froid aux yeux car le bonheur existe.

Candy shoes

Mercredi, juin 10th, 2009

Karim Rashid pour Melissa

Karim Rashid pour Melissa

jellywestwood

Lady Dragon, Vivienne Westwood pour Melissa
Imperium, Givenchy

Imperium, Givenchy

Longtemps les chaussures en plastique, PVC ou caoutchouc étaient plutôt laides. Nous avons tous dans nos souvenirs les sandales de plage déclinées en différentes couleurs basiques. Cependant, depuis quelques années, les choses ont beaucoup évolué. Le nombre de griffes qui proposent ce type de souliers pour ce printemps/été a augmenté par rapport aux saisons passées faisant présager, comme le soutiennent certains détecteurs de tendances, une augmentation prochaine de leurs apparitions. Les avancées technologiques ont permis de créer des modèles de plus en plus élégants et variés. On est loin de Charles Goodyear, inventeur du caoutchouc vulcanisé au milieu du XIXe siècle qui, par manque de moyens, habillait toute sa famille de cette horrible matière noire et mal odorante sur laquelle il travaillait.
Une des marques phare dans le domaine est certainement Melissa, entreprise brésilienne qui, depuis 1971, s’est spécialisée dans la production de chaussures en plastique. Nombreuses sont les collaborations artistiques non seulement avec les maisons de couture mais aussi avec des architectes et designers. C’est le cas notamment de Karim Rashid designer égyptien basé à New York.

La langue anglaise parle de « jelly shoes » en faisant référence à la matière (le « Merflex » inventé par Melissa) souple et lisse. On en trouve de toutes les formes et couleurs. A l’aspect sucré, elles font penser aux bonbons gélatineux, fraises Tagada et autre friandises du même genre. C’est étonnant à quel point, de par leur aspects et leur odeurs, elles nous donnent envie de les manger. Chaussures de Barbie, elles plongent dans une enfance artificielle dans laquelle, malgré les apparences, toute innocence aurait disparu. Il en existe pour tous les goûts. Bon marché, elles sont accessibles à tous. On est en droit de se poser la question si les cœurs que distribue la « Dragon Lady » de Vivienne Westwood, impreignée de romantisme punk, ne sont pas un peu empoisonnés, pendant que la technologie a permis de lui mettre des talons. Karim Rashid nous transpose dans un futur proche aux formes nouvelles et sinueuses. Avec Riccardo Tisci, c’est le contraire. En se rapprochant de ses origines italiennes, il fait resurgir du passé des sandales romaines pour se rêver impératrice.
Enfin, contrairement à ce que l’on pourrait penser, les chaussures Melissa sont très respectueuses de l’environnement. Le fait d’êtres fabriquées dans une seule matière leur permet un recyclage facile. En amont également, lors de la production, la marque est particulièrement attentive aux contraintes environnementales. C’est la frivolité à l’ère écologique.

Maman pretty woman

Lundi, juin 8th, 2009


s-phoramaman

Dans le film que Stefano Pilati vient de commander au cinéaste et romancier Samuel Benchetrit, un jeune garçon trouve par hasard une clef sur le bitume qui le conduit mystérieusement dans une chambre d’hôtel. Glissé dans son nouveau costume, au lieu d’aller à l’école,  il séduit la femme de l’hôte inconnu. Mère ou amante, nos désirs ont comme effet de mettre à risque les conventions sociales établies. Aujourd’hui les mamans sont canon. Elles sont synonymes de sexy. Les collants mousse, la garde-robe disgracieuse, le corps délaissé et les soins à minima ce ne sont que de vieux souvenirs. Ce n’est pas une obligation d’avoir l’air d’une mère parce qu’on a un enfant. En petite culotte et bas autofixants, fières, elles exhibent leurs corps pour le plaisir des grands et des petits. Oui, les petits aussi. Qui a envie d’avoir une maman moche?  Et après, il y a ceux qui pensent que le progrès n’apporte rien! Ce n’est que lorsque l’on fait des choses pour soi et qu’on se sent bien dans son corps qu’on peut être vraiment pour les autres. Le bonheur c’est une attitude, mais c’est aussi question de technique. Donner d’avantage à soi-même permet de donner ensuite aux autres. Etre attentif à soi est un geste altruiste. Et si le résultat est un peu salope … ce n’est pas mal non plus. Bonne fête à toutes les mamans et beaucoup de bonheur à celles qui le seront bientôt.

Yves Saint Laurent Collection Homme PE 2010: Le Film

Nikon, au rythme des tendances

Jeudi, juin 4th, 2009

nikon

Lorsqu’il y a six mois, j’ai eu besoin de m’acheter un nouvel appareil photo numérique, je le voulais fuchsia à tout prix. Malheureusement, je dû me rabattre sur du rouge car dans la teinte désirée aucun me convenait du point de vue de ses caractéristiques techniques. Aujourd’hui Nikon propose à côté d’un rose parme et d’un rouge passion (le mien) qui figuraient déjà au catalogue, du framboise et du fuchsia. Il est difficile de mesurer le laps de temps qu’il faut à une tendance pour passer d’une confidentialité d’initié au goût d’un plus vaste public.
On peut se poser la question où commence et où se termine l’influence des couturiers. De leurs passerelles, ils ne font pas que définir notre garde-robe, mais leur emprise dépasse largement le milieu de la mode. Ils déterminent les formes, les couleurs comme les textures à venir. En ce sens, ce n’est pas inintéressant de voir à quel point Nikon a essayé d’illustrer sa publicité pour son appareil photo Coolpix avec un mannequin qui porte une robe, des bas et des chaussures inédits et créés sur photoshop exprès pour l’occasion. La marque se veut au plus proche d’une créativité qui change au fil des saisons comme lors des rendez-vous pluriannuels que sont les défilés. Ce n’est pas pour rien que le terme mode désigne au sens strict l’habillement mais aussi plus largement une manière de vivre et de penser, un goût collectif propre à une époque. C’est un des rôles de la couture de participer à l’élaboration de ce goût diffus dans la société et qui la caractérise tant.

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