Archive - mars, 2009

Danielle Scutt, PE 07

Mercredi, mars 25th, 2009

scutt_tarzan

La jeune créatrice anglaise, issue de la célèbre école « Central Saint Martins » de Londres, avait imaginé pour l’été 07 une sorte de tarzan au féminin. Comme pour la version masculine, le « couvre-corps » est maintenu par une seule bretelle ce qui a pour effet de découvrir partiellement la poitrine. Si on se place du point de vue de l’inspiration originelle, et tout en supposant que le vrai modèle existerait (vérité de l’imaginaire), on peut dire que cette robe en satin luisant, imitation peau de léopard couleur carmin, est factice jusque dans sa portabilité en l’état. Mais c’est justement dans sa capacité à produire du faux que réside la force de la mode et d’où jaillit sa qualité littéraire qui lui permet de créer des récits et de ce fait de se détacher d’une simple immédiateté utilitariste première. Depuis les années 60, le dimorphisme sexuel du costume, qui s’était mis en place dès le début du XIXe siècle, s’est lézardé. Les images d’épinal ont résisté un peu mieux, mais pas non plus tout à fait.

Moralisateurs et Chiens de garde

Mardi, mars 24th, 2009

Par-ci comme par-là, apparaissent un certain nombre d’articles qui critiquent avec plus ou moins d’emphase la tendance actuelle des talons faramineux. Les arguments ne manquent pas : ils seraient dangereux, ils feraient tomber les mannequins sur les podiums, on ne pourrait pas marcher avec, … Les bien pensants sont partout. Ils s’immiscent dans toutes les causes : cigarettes, alcool, … Sous couvert du bien commun, ils tentent d’imposer leurs vues moralisatrices en essayant de distiller leur manière de voir qui n’a de comparable que le manque d’imagination et la pauvreté de points de vue comme d’analyse. Le réel est plus vaste et ne se laisse pas cerner dans des visions uniques. La multiplicité des sens est une richesse, encore faut-il être suffisamment généreux pour l’admettre.

Pierre Bergé a raison

Vendredi, mars 20th, 2009

L’exposition « Le Grand Monde d’Andy Warhol » qui se tient au Grand Palais depuis le 18 mars dernier devait accueillir quatre portraits que l’artiste pop américain avait réalisé d’Yves Saint Laurent en 1974. Il était prévu de les faire figurer dans une section intitulée « Glamour » à côté d’un certain nombre d’autres couturiers. Non satisfait, Pierre Bergé, propriétaire des œuvres, avait formulé, entre autre, comme contre-proposition que les toiles soient placées dans la section « Artistes ». Confronté au refus du conservateur, il a donc décidé, fait rare, de les retirer de l’exposition. Et Pierre Bergé a eu raison.
Dans le monde de la culture, les couturiers subissent une sorte d’ostracisme généralement admis et rarement mis en question consistant à dire que les vêtements et autres accessoires (les mots ne sont jamais innocents) ne seraient pas des œuvres d’art ou tout du moins pas tout à fait. C’est une pensée unique, marquée par une philosophie occidentale qui refuse d’emblée de donner à toute frivolité le moindre prix et qui est d’autant plus détestable qu’elle empêche de voir la mode à sa juste valeur. Marguerite Duras, dans « Le monde extérieur », disait qu’elle ne parvenait pas à voir Yves Saint Laurent autrement que comme un écrivain. Comme tout art, la mode participe à la formulation du monde. En exprimant ses propres hypothèses, elle donne du sens à ce qui nous entoure. Elle décrit ce que nous sommes à un moment précis de notre histoire. Le conservateur de l’exposition se trompe lorsqu’il affirme que « ce n’était pas une affaire de peinture mais de personne » (Le Monde, 14/03/09). Quel autre meilleur moment qu’une exposition dédiée à Andy Warhol pour choisir de réaffirmer que rien n’est ce qui semble être parce que tout est dans le regard et que les catégories ne sont pas figées pour toujours ? En ce sens, le geste de Pierre Bergé est artistique.

Deux autres sorcières

Mercredi, mars 18th, 2009

westwoodanderson

Pour son défilé prêt-à-porter AH 09 parisien, Vivienne Westwood a fait défiler Pamela Anderson, héroïne pulpeuse des années 90. Elle sera également l’égérie de la marque pour la campagne publicitaire du printemps-été à venir. Certains ont insinué que ce n’était qu’un moyen de faire parler de la griffe en provoquant un coup médiatique. Vivienne Westwood est pour le moins depuis plus de trente ans la grande prêtresse du scandale. Mais les temps ont changé et aujourd’hui on est tenté de dire que le scandale n’est plus le scandale mais le procès que certaines publications font au scandale. Grande pourvoyeuse de frasques, Pamela Anderson est aussi aimée que détestée par les tabloïdes. Aimée parce qu’elle permet de noircir du papier et vendre, mais aussi par qu’elle permet qu’on puisse la détester. En effet, dans les faits, nombreux sont ceux qui se nourrissent du mépris des choses qu’ils aiment secrètement et qu’ils n’ont pas le courage d’assumer ouvertement. Il existe plusieurs types de scandales. Certains ne servent qu’à faire du bruit, d’autres à dénoncer en mettant en évidence des non-dit dans la société. C’est à cette seconde catégorie qu’appartiennent les actions menées par Vivienne Westwood. En choisissant Pamela Anderson, la couturière met en évidence et dénonce le traitement que subissent un certain nombre de femmes dans la presse après usage. Le regard rempli de malaise à la vue de l’incident survenu lors du défilé lorsqu’une couture du corset se défait vaut comme preuve de l’honnêteté dans la démarche de la créatrice. Le sourire de l’actrice pin-up, lui, nous renvoie vers d’autres hypothèses.

Chasse aux sorcières

Mardi, mars 17th, 2009

beckhamloeweManteau et chapeau Lœwe, escarpins Yves Saint Laurent, sac Valentino

Est-ce qu’en question de mode, tout ce qui se fait est bien? L’enjeu ne résiderait-il que dans les combinaisons et le choix du bon contexte? L’individu se limiterait à proposer, la collectivité affirmerait ou infirmerait. Le contraire est difficile à soutenir du fait même que le mauvais goût est aussi un goût. Les conventions sociales dans ces domaines ont volé en éclats, depuis longtemps confrontées à l’éclectisme de la production de sens multiples.
Coco Chanel, dans un esprit minimaliste avant l’heure, pensait que les femmes en faisaient toujours trop. Elle abhorrait ce qu’elle appelait l’impression de déguisement. On a beaucoup écrit sur le fondé de ce manteau gris Lœwe en suède. Les mauvaises langues y voient une réminiscence malheureuse du troisième Reich, les autres un clin d’œil à l’univers des aviateurs (la photo a été prise dans une aérogare). A chacun ses propres références. Si l’on prouve l’envie, on peut certes disserter sur le fait de savoir si le chapeau n’est pas en trop, sur les lunettes ou sur l’opportunité de l’unité de ton. Reste, qu’en ce qui concerne le déguisement, c’est aussi une manière d’exister. Les êtres humains ne sont pas unidimensionnels, une sorte de donne immuable. La mode peut servir aussi à exprimer des désirs de soi ou permettre de compenser ce que l’on est uniquement de manière insuffisante. Les acteurs le font constamment et ils font travail d’œuvre. Mais pourquoi se limiter et ne pas soutenir comme le poète espagnol du siècle d’or, Calderòn de la Barca, que le monde est une grande scène de théâtre.

Nu

Dimanche, mars 15th, 2009

rossiturquoiseGianvito Rossi, PE, 09

margieal_platsMMM, PE 09

Cette sandale turquoise comme cette ballerine ouverte sont à même de produire un effet très intrigant. Le fait que la tige va en s’affinant jusqu’à sa disparition produit un effet de déshabillage du pied des plus surprenants. Bien tenu en partant du talon, au fur et à mesure le pied finit par se libérer de sa contrainte. In extremis, des lanières rattrapent le pied tout en laissant libres les orteils. Gianvito Rossi et la Maison Martin Margiela nous montre comment dévêtir un pied avec un soulier.

Louboutin

Samedi, mars 14th, 2009

louboutinpigallejpgPigalle

Le trait exprime l’identité en traduisant une pensée. ll est inimitable. Comme on parle du trait de Matisse ou de Basquiat en peinture, il faudrait aussi parler du trait de Christian Louboutin en botterie. En ce sens, on peut parler d’un avant et d’un après. Rares sont ceux qui, comme lui, ont su dessiner et donner aux souliers une ligne aussi épurée que précise, celle de l’évidence. C’est l’exercice le plus difficile à réussir et, de ce fait, ce sont les escarpins noirs qui révèlent les grands maîtres. Tout se voit du premier coup d’œil, aucune tricherie n’est possible, rien pour se cacher. Et au fil de son travail, Louboutin en a créé de tout type, plus ou moins haut, compensé ou pas …  pour le plaisir des yeux et de les porter. Tous ont des noms suggestifs et chacun ses propres évocations.

Idées reçues concernant l’excès

Mardi, mars 10th, 2009

Contrairement à ce que l’on pense communément, les créations les plus folles ne s’adaptent que très mal aux personnes ayant un tempérament qui les pousse à avoir un comportement ou des attitudes que l’on pourrait définir avec le qualitatif d’excessif. Au contraire, les créations extravagantes nécessitent des âmes posées. La retenue est la condition indispensable pour leur déploiement. Tout le reste nuit à la qualité de l’expression. Des mouvements contraires engendrent la confusion et empêchent l’entendement. Donc, si vous êtes une femme plutôt posée, surtout ne vous interdisez aucune excentricité vestimentaire. Elles sont pensées pour vous.

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Regards indiscrèts

Dimanche, mars 8th, 2009

diortransparentDior prêt-à-porter, AH 09 (devant)

diortransparent2Dior prêt-à-porter, AH 09 (derrière)

Les regards indiscrets ne sont pas interdits. De plus, ils n’ont rien de malpropre contrairement à ce que l’on veut faire entendre un peu partout. On ne s’habille pas uniquement pour soi mais aussi pour les autres. Et ceux qui soutiennent le contraire ne disent pas toute la vérité. Ces regards obliques ne sont en rien déplacés, bien que tout dépend de la manière dont ils sont jetés. Tout réside dans le style et le goût.
Ensuite, il y a les transparences. Apparitions sulfureuses, les créateurs ne se privent pas d’y recourir. C’est une mise en scène publique du désir pour initiés. Avec les jambes, le plus souvent ce sont les seins qui surgissent. Les fesses, sont une affaire largement plus envoûtante, une sorte de réinterprétation du suivez-moi-jeune-homme de la fin du XIXe siècle. Il faut savoir que chaque époque a ses nudités.

Vie fragile

Jeudi, mars 5th, 2009

jacobstellerJuergen Teller pour Marc Jacobs

Les campagnes publicitaires de Marc Jacobs sont toujours des exercices de funambule, en décalage avec les canons du genre, mais sans jamais tomber dans le désagréable. Elles en frôlent les limites. Le créateur a choisi de confier sa campagne PE 09 au photographe d’origine allemande Juergen Teller. Celui-ci a décidé de prendre des clichés du modèle Raquel Zimmermann sur une colline entourée d’arbres et d’arbustes perchés sur des socles improbables. Il photographie des moments fragiles dans une nature qui se réveille. Ces plages de paix et de sérénité, caressées par la chaleur des premiers rayons de soleil, peuvent à tout moment basculer dans l’excès et le drame. Pour nous rappeler que la vie est fragile et qu’il faut la soigner … et que la mode y participe.

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