Archive - février, 2009

Les crinolines au Louvre

Samedi, février 28th, 2009

louvrecrinolines1Photo: Le Costume dans tous ses états

Cinq crinolines sont exposées jusqu’au 2 mars au Louvre dans les appartements dits de Napoléon III (Richelieu, salles 85 et 90) en lien avec l’exposition Sous l’Empire des crinolines qui se tient au Musée Galliera jusqu’au 26 avril.
C’est une excellente idée de confronter des habits à leur décor naturel, contrairement aux habituelles cimaises neutres des expositions. Les deux interagissent et notre perception ainsi que notre compréhension en sortent enrichies. Des espaces que l’on croit bien connaître apparaissent immédiatement sous un autre jour. Des proportions que l’on croit figées pour toujours se mettent en branle grâce aux formes et aux tailles inhabituelles. Les carrures plus étriquées font apparaître les volumes plus amples, les plafonds plus hauts et le mobilier plus grand. Tout apparaît comme à travers une lentille déformante. A l’issu de cette expérience, une seule chose reste mystérieuse. Les tissus ont un air prosaïque confrontés aux velours somptueux, aux bois précieux et aux dorures abondantes. N’est-ce qu’une question de goût?

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Résister c’est exister

Mardi, février 24th, 2009

chooresisterCampagne publicitaire Jimmy Choo, PE 09

En soumettant le corps à une transformation, on le rend visible et de ce fait réel. Cet effet est le produit de la résistance naturelle de celui-ci. Ainsi formé, il sort d’une évidence qui est atemporelle. Cette résistance peut se mesurer et est toujours le fruit de la volonté. Les deux voisines de la place Vendôme avaient à ce sujet des visions différentes. Elsa Schiaparelli, la flamboyante, pensait qu’il ne fallait jamais ajuster la robe au corps, mais qu’il fallait discipliner le corps pour qu’il s’accorde à la robe. Au contraire, Coco Chanel, l’intemporelle, est très attachée au naturel et à la plus grande liberté du corps. C’est le vêtement qui doit s’adapter aux multiples mouvements du corps. Ce sont là deux métaphysiques opposées: la vérité du costume contre la vérité du corps. Dans le premier cas, c’est l’individu qui doit s’adapter au produit de l’esprit et tirer de là sa liberté. Dans le second, le costume a pour rôle de mieux aider l’individu à imposer sa volonté au monde.

Couleurs moisies

Lundi, février 23rd, 2009

paciotti1Cesare Paciotti. Photo: Mario Sorrenti (Vogue France, mars 09)

Une nouvelle tendance en ce qui concerne les couleurs se dessine. Des couleurs que l’on pourrait définir de moisies, comparables à des matières organiques en décomposition apparaissent, disposées, de plus, dans des combinaisons inhabituels (ici: rouge, violet, vert). La beauté de ces couleurs réside dans le fait qu’elles expriment une sensation de maturité, qu’elles ont de l’âge et qu’elles accusent le temps. C’est dans le même esprit que Peter Philips, créateur maquillage chez Chanel, propose pour ce printemps 09 une gamme de maquillage qu’il a appelé « Bohemian Fantasy ». Pour ce qui concerne les rouge à lèvres, par exemple, il les a assombris en mélangeant une micro dose de pigments noirs. C’est une bonne chose, de temps à autre, de faire sentir le poids du temps.

Rose poudre

Lundi, février 16th, 2009

dellacquapoudre
Alessandro Dell Acqua

Le rose poudre ouvre un champ au doute, entre le corps et l’artefact réduit à minima par sa couleur même. Le doute s’empare des frontières matérielles qui, comme par magie, s’effacent devant cet artifice si naturel. Neutre, à la limite de la non couleur, on le rencontre en rouge à lèvre, vernis à ongle, ombre à paupières ou comme ici, pour des chaussures. Il produit un effet à nu en faisant vaciller la vue dans sa certitude. Il n’habille que pour mieux déshabiller.

Et que vive l’excès, siempre!

Samedi, février 14th, 2009

hardyrose

Pierre Hardy, PE 09

En matière de soulier, la saison qui pointe (PE 09) s’annonce très chaude. Contrairement à ce que pense Charles Denner (personnage principal de « L’homme qui aimait les femmes »), il est rassurant de prendre conscience de temps à autre que le vertige n’a pas de limite. Confronté au phénomène des jupes qui se raccourcissent, il craint fébrilement leur inévitable rallongement par la suite. Non, en vérité, les jupes peuvent être raccourcies à l’infini.

Pierre Hardy est un des célèbres pâtissiers de tartes à la crème qui ne cache pas son penchant pour les goûts forts … et libres aux âmes sensibles de détourner leur regard. L’extravagance est annonciatrice de joie de vivre. L’excès est signe de vitalité, car ce sont nos obsessions qui nous rendent vivants et qui nous font sentir vivants. On ne peut que donner raison à Tacite, auteur latin du premier siècle de notre ère, lorsque, dans « La Germanie », il donne à entendre que l’idéal du sage stoïcien ainsi que l’ascèse ne peuvent conduire qu’à la totale bestialité.

Schiaparelli et Hardy

Mercredi, février 11th, 2009

Schip MonkeyElsa Schiaparelli, été 1938

hardynoir2Pierre Hardy AH, 08

hardynoirPierre Hardy, AH 08

Qu’est-ce qui unit ces deux créations ? Mais surtout qu’est-ce qui les sépare? Les « chaussures cheveux » d’Elsa Schiaparelli de l’été 1938 (juste avant la guerre) avaient dû choquer ou pour le moins déranger à l’époque. La fourrure de singe donne une impression chevelue à un endroit où on l’attend le moins. L’étrange s’empare des bottines pour produire un dépaysement. Chez Pierre Hardy rien de tout cela. L’époque n’est plus à la surprise par l’absurde. Pour ce qui concerne les boots à talon, c’est le comique qui joue pour donner l’impression d’une sorte de yeti au féminin. Quant aux escarpins, c’est plutôt un effet sexy, genre plumes de danseuse gogo, qui est recherché. De nos jours, les symboles sont définitivement passés de mode, ce que l’on recherche c’est le concret (même dans l’imaginaire).

Jacques Fath, printemps 1948

Samedi, février 7th, 2009

fath1948Copyright V&A London

Les couturiers n’ont pas attendu la fin du XXe siècle pour s’inspirer dans leurs créations des époques précédentes en y introduisant des formes du temps passé. La différence entre antan et aujourd’hui réside dans la récente réduction du périmètre d’inspiration.
Cette robe de soirée de Jacques Fath en soie est un bon exemple vu ses multiples sources d’inspiration. Les plis dans le dos rappellent fortement « la robe à la française » du début du XVIIIe siècle alors que l’atmosphère générale et la rigidité de la facture rappellent les modèles qui se faisaient dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pour ce qui concerne les broderies sur le corset, c’est plutôt le début du siècle. Le créateur a choisi un luxe sec dans un assemblage éclectique pour une période qui suit immédiatement le second conflit mondial.

Mille neuf cent quatre-vingts

Lundi, février 2nd, 2009

carangi_versace

Même si cette photo prise pour les maillots de bain Versace avec Gia Carangi date de 1979, tout l’esprit des années 80 y figure déjà. Fantastique décennie où le plus faux était toujours le plus vrai et ou l’excès chassait modestie comme retenue. Moment exquis où l’on pouvait porter des collant sous un maillot de bain. Toujours décriée mais jamais oubliée, si l’on juge du fait qu’on n’arrête pas de la revisiter depuis.
Ce maillot plutôt que de servir une fonction semble indiquer une essence:  savoir ce que c’est que fréquenter les stations balnéaires. Son utilité réelle pour la baignade semble par ailleurs fortement compromise. Il signifie plutôt le calme, le luxe et la volupté du farniente au soleil, plongé dans une durée sans fin, sourd au quotidien. C’est aussi la palpitation des aventures érotiques devenues socialement admises. Dernier avatar moderne, la culture a repoussé encore un peu plus les rives de la nature, le bord de mer se transforme en piscine.

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